Europe 4 Space WebLog

10 août 2006

problème mise à jour website nssfrance.com

Je tiens à vous faire part d'un problème de mise à jour sur le site principal nssfrance.com... en effet, le logiciel permettant de travailler les pages web ne fonctionnant plus sur mon PC, je suis obligé de temporairement mettre en suspens la mise à jour du site (et pourtant, j'ai un certain nombre d'article finalisé)... je m'en excuse sincèrement. Nicolas T.


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NSSFRANCE @ 16:24

01 août 2006

édito juillet 06

Discovery est revenu et à peine à t’on su que l’astronaute européen Thomas Reiter est resté dans l’ISS pour entamer la mission Astrolab pendant près de 6 mois. La mise en scène autour de la navette a fonctionné à merveille et a réussi à éclipser le reste des enjeux liés aux STS. Que ce soit le décollage, le déploiement du nouveau bras articulé pour inspecter le ventre de Discovery ou le retour sur terre, à travers le récit médiatique délivré, on ne sait presque rien des autres aspects de la mission. Même l’ISS et sa construction, alibi clé de la remise en selle des navettes, ont été complètement escamotés par les aventures de STS 121.

Evidemment, nous nous réjouissons du retour en vol des navettes. Nous nous sommes déjà exprimé à ce sujet et sur leur efficacité redoutable et nécessaire dans la construction de l’ISS. La finalisation de la station internationale doit être soutenue et garantir nos intérêts pour le plus long terme (on pense ici à notre module scientifique « Columbus » qui doit être envoyer d’ici un an). Aussi, nous n’allons pas revenir sur l’exigence de finir la station dans des conditions convenables mais les aspects scientifiques, industriels, stratégiques ou prospectives concomitant à la station, doivent primer. Pourtant, à nouveau, quelques petites leçons doivent être tirées du vol STS 121. La mise en scène autour de Discovery, volontaire ou pas, est déterminante pour pouvoir entendre parler des dernières missions STS. Les enjeux ont été décuplés et ceci, là aussi, de façon volontaire ou non. L’ISS, sur ce point, est beaucoup moins rock & roll que les décollages et les atterrissages à suspens des vols STS. Les expériences en laboratoire, les discours en orbite sur la destinée de

la Terre

ou l’entretien de la station sont plus lointain et portent réthoriquement moins pour une audience en quête de véritables enjeux et de nouveaux exploits. Les agences spatiales devront travailler sur ce facteur pour rendre visible d’un point de vue médiatique la présence de Thomas Reiter au sein de l’ISS. Nous sommes ici au cœur d’un problème fondamental pour la politique spatiale en Europe : rendre les missions passionnantes et faire comprendre les enjeux. C’est un nouveau défi de taille pour l’ISS et l’occasion d’en faire un héros européen devrait tenter les agences et responsables politiques à travers notre communauté. Pourtant le manque de visibilité et la quasi confidentialité médiatique d’Astrolab nous fait douter quelque peu de l’impact réel d’une telle mission sur l’audience européenne ces prochains mois.

Avec Thomas Reiter, la politique spatiale habitée européenne prend forme et sera concrète pendant près de 6 mois. C’est une occasion formidable à saisir. Nous espérons que tous les partis en jeu autour de l’avenir de la politique spatiale européenne prendront conscience de cette mission au delà d’une simple mise en scène purement médiatique. Il faudra montrer que l’espace habité n’est pas seulement synonyme de 100 milliards de dollars et d’inutiles expériences scientifiques en orbite. Les résultats de ces expériences devront être expliquer et mise en valeur de façon remarquable. Le tabou lié aux vols habités devra là aussi être discuter de façon sereine et exemplaire. Evidement la politique de communication des différentes agences et institutions en œuvre doit être revue mais la façon de « vendre les vols habités » au public européen doit aussi être revue de fond en comble.

A l’heure où l’espace mondial vit des heures sombres, au moment où l’Union européenne se donne du temps pour réfléchir sur son avenir politique, quel formidable symbole que de voir un astronaute européen au sein d’un édifice international à dimension géostratégique, scientifique et technique! L’Europe spatiale sera pendant 6 mois partenaire du plus vaste projet scientifique de notre temps – il est temps d’exploiter à fond cette opportunité pour faire comprendre ce que l’on fait là haut … !

Nicolas TURCAT

Président de

la NSS France

 


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NSSFRANCE @ 11:00

21 mars 2006

ISS : les illusions perdues ?

L’ISS fut un enjeu pour la recherche, elle est aujourd’hui menacée d’inefficacité.

Alors que nous avions déjà évoqué le scénario proposé par la NASA en 16 missions, ce dernier est accepté par les agences comme une solution viable pour faire vivre 6 hommes en orbite d’ici 2010. Outre les chiffres calamiteux qui ont été évoqués tout au long du projet, c’est l’empressement à finir le meccano ainsi que la gêne que provoque désormais la station auprès des agences qui dominent ces dernières années. En effet, depuis les projets présidentiels de retour sur la Lune ou vers Mars, la NASA semble clairement dans l’optique « de passer à autre chose ». Finis, les tours de Terre, finies aussi, les orbites ennuyantes sans buts précis. Pourtant il ne faut pas oublier que l’ISS, dans le contexte des années 70s ou 80s, tout comme le STS, était une étape vers d’autres projets plus ambitieux. Freedom ou le Shuttle étaient alors conçus comme des vecteurs de politiques plus larges mais surtout homogènes les  uns avec les autres. Les révisions de configuration furent fatales à la cohérence de ces deux projets. L’ISS sans microgravité à grande échelle et la navette comme simple transporteur sont alors voués à la négation même de leurs missions initiales. C’est par ailleurs dans ce sens que la NSS France soutient à 100% le maintien des activités ISS et même l’extension de son champ d’application. Nous pensons que sortir du puits gravitationnel terrestre pose un problème majeur si l’on veut lancer des missions ambitieuses vers Mars ou vers la Lune et par conséquent, il faut passer par une station-port. Se doter d’un ensemble spatial cohérent est fondamental si l’on veut étendre ses activités humaines au delà de l’orbite terrestre.

L’énième révision de la configuration a ainsi vu le jour au KSC le 2 mars dernier et a vu confirmer le lancement, au 8ème vol prévu, du module européen Colombus. C’est une bonne nouvelle pour l’Europe spatiale et scientifique. Mais c’est surtout un lâche soulagement Les justifications principales données lors de cette conférence de presse sur la mise en oeuvre de l’ISS ont été clairement dévoyées. Il ne semble plus question de faire une station pour faire de la Science, mais l’ISS est mis en avant comme symbole de « l’importance de la coopération internationale dans le domaine ». Outre l’angélisme qui règne autour de l’idée de « solidité du partenariat ISS », on ne peut que rester dubitatif quant on voit les réductions incessantes du projet depuis plus de 10 ans ! D’autant plus que l’on se souvient de la perplexité voir de l’animosité régnante entre ESA et NASA ces derniers mois à propos du hardware destiné à l’ISS. On ne peut pas justifier 100 milliards de dollars de station spatiale juste sur le motif que l’on apprenait à coopérer au niveau mondial ! Il paraît évident que cet argument désormais avancé à longueur de conférence de presse est hélas purement médiatique et surtout un palliatif à la réalité décevante du projet final. Aussi, dans la déclaration commune des chefs d’agences, ces derniers rendent hommage au travail exceptionnel accompli par les personnes impliquées dans le projet : comme si ce projet était déjà enterré. Des mauvaises langues pourraient répondre que l’ISS est perdu depuis l’ère Goldin où l’idée de « Core version » avait émergée et atteindre un certain paroxysme avec nos 16 vols actuels pour compléter la station. Notons aussi que nombre d’hardware risque de ne pas être lancé faute de lanceur et surtout que nombre de modules ou plateformes ne seront jamais mises en service. Nous pensons ici à la plateforme d’énergie russe pour alimenter leur module scientifique, sans compter les problèmes d’alimentation électrique inhérents à la réduction des ambitions de l’ISS. L’architecture globale de la station pâtit de ces modifications revues, une fois encore, à la baisse, ce qui se répercute directement sur la mise en œuvre effective et qualitative des programmes scientifiques que l’on peut mener à bord. Toujours est-il que nos ambitions européennes sont sauves et qu’ils ne restent plus qu’à assurer nos missions correctement.

Alors même que la justification traditionnelle de l’ISS était de faire de la Science en apesanteur, cet argument semble désormais fondre comme neige au soleil. Les années 90s avaient renié les avantages de mener une politique de recherche en microgravité, les années 2000 ont fini d’achever les politiques de recherche un tant soit peu ambitieuses qui auraient pu être menées à bord de l’ISS. Les laboratoires de recherches envoyés ont été considérablement revus à la baisse (on pense ici aux modules russes, japonais ou même européen - si on pense au MTFF comparé à Colombus) et leur efficience sera aléatoire sur le long terme. La politique scientifique à bord de la Station va être réduit au strict minimum, et cela risque d’être dommageable pour l’usage même de la station – Ce fait est remarquablement interprété par Keith Cowing dans une des questions des transcriptions de la conférence de presse découlant de la réunion où il met en valeur « l’annulation de missions de recherche sur l’ISS, qui avaient été prévues pendant des décennies et qui avaient été citées comme LA raison pour faire cette station » et finalement les ambitions budgétaires allouées au domaine de la Science spatiale qui se voit réduit au Capitol – Sans vouloir dresser un tableau trop sombre de l’avenir scientifique de l’ISS, il paraît incontestable que nous sommes très loin des ambitions affichées il y a encore 10 ans ! Or si la justification scientifique est désormais moins évidente, nous ne voyons pas quels arguments vont avancer les chefs d’agences – outre la coopération internationale – pour défendre la station spatiale … ? Au sein de la NSS France, c’est précisément pour cette raison que nous légitimions les dépenses liées à l’ISS à un programme plus large d’infrastructure spatiale sur le long terme et à un apprentissage quotidien de l’espace par de multiples acteurs – ce qui ne sera pas le cas dans la configuration actuelle. Ni la configuration terminée en 16 vols, ni l’omniprésence d’astronautes professionnels – excluant les scientifiques de formation universitaire (même si la tendance s’inverse au sein du corps des astronautes – cf. les spationautes français ou américains) ne permettront d’obtenir des résultats probants. Si l’innovation et la croissance sont liées de façon durable, les investissements nécessaires au développement de la R&D spatiale auraient pu trouver leurs places dans l’ISS. Peine perdue, ces investissements risquent aujourd’hui d’être parcellaires et surtout mal utilisés, voir gaspillés dans le simple fait qu’il faille bazarder, au plus vite, le meccano spatial.

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Nasa crédits - Plan pour compléter l'ISS en 16 vols (ici et ici pour le schedule)


Pourtant il faut féliciter l’agence spatiale européenne pour avoir réussi à défendre les intérêts des états membres et surtout saluer l’opportunité qui nous est offerte pour développer une science spatiale (de microgravité) plus ambitieuse. Cependant, on ne peut que regretter la faiblesse de l’engagement et la pauvreté du discours servant à justifier la continuation de ce programme. L’exploration spatiale lointaine est devenue la priorité des deux côtés de l’Atlantique, mais il ne faut pas oublier que l’établissement d’une architecture spatiale cohérente et complète doit passer par une station-port qui servira d’interface. Nous voyons mal même à moyen terme comment se passer d’une station pour aller plus loin que la Lune ; sans compter la mise en valeur, presque marketing, à effectuer à court terme de cette station ! L’innovation et la R&D inhérente à la station étaient des justifications majeures, les choix faits aujourd’hui risquent de ne pas permettre d’obtenir les effets escomptés. Des solutions existent pour l’ISS et son allongement de durée de vie ainsi que son développement ultérieur devrait toujours être d’actualité, si l’on compte véritablement maintenir la présence de l’Homme dans l’espace. Toute la question est là.

Nicolas TURCAT – Président fondateur de la NSS France

PS : le plan NASA pour compléter l'ISS en 16 vols : ici


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NSSFRANCE @ 12:56

12 janvier 2006

Un ticket pour l'espace !!! mdr

Que ce soit un navet ou une franche rigolade ... Un ticket pour l'espace traite de notre sujet directement : ET CA FAIT PLAISIR !!
Un film français qui lance une navette, plus proche d'un SSTO accroché à des boosters de STS ... C'est très bon ! Du space tourisme à la française avec Dussollier en guise de chef d'orchestre.... Sans parler de Guillaume Canet qui prend en otage la station ... Une station completement délirante mais vraiment magnifique ! Bref, que du 3ème degré à savourer avec excès !

Quoi qu'il en soit : Allez voir ''Un ticket pour l'espace'' avec Kad & O' - Nos grands comiques nationaux (snif ! l'époque de Comédie).

Bonne soirée.

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L'étoffe des zéros !


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NSSFRANCE @ 23:56

29 décembre 2005

Galileo, enfin !

Galileo, un enjeu stratégique pour l'Europe

PARIS (AFP) - NEW YAHOO.FR: Le projet Galileo, dans lequel 3,8 milliards d'euros vont être investis d'ici 2010, représente un enjeu stratégique pour l'Europe qui espère ainsi s'affranchir de la main-mise actuelle des militaires américains dans la localisation et la navigation par satellite.

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L'Agence spatiale européenne (Esa), qui copilote la phase de lancement du projet avec l'Union européenne, avance un nombre d'utilisateurs de ce type de service dans le monde de 1,8 milliard en 2010 et de 3,6 milliards en 2020.

 

A cette échéance, le marché mondial devrait représenter plus de 250 mds EUR.

Les bénéfices attendus devraient au minimum être 4,6 fois supérieurs aux investissements consentis, ce qui fait de Galileo le projet d'infrastructure le plus rentable engagé par l'Europe, fait valoir l'ESA. La navigation par satellite permet à un gestionnaire de connaître à tout moment la position d'un camion ou d'un train, à un navire de suivre son cap et à un automobiliste de trouver son chemin dans une ville inconnue. Mais elle rend aussi possible de retrouver un conteneur perdu, de repérer une voiture volée, d'évaluer le temps restant avant le passage d'un bus, de suivre les déplacements d'un délinquant porteur d'un bracelet électronique ou de secourir un randonneur perdu en montagne.

La navigation par satellite a également de nombreuses applications dans les activités nécessitant une topographie extrêmement précise: l'exploration minière et pétrolière, l'installation d'oléoducs, l'électrification en zone rurale, le placement de tours de télécommunications...

Toutes ces applications sont déjà offertes par le GPS américain. Mais les promoteurs de Galileo estiment que les besoins vont exploser, parce qu'il va falloir maximiser l'utilisation d'infrastructures - routes, voies ferrées, couloirs aériens, ports - souvent déjà congestionnées. La navigation par satellite est aussi vieille que la conquête spatiale. C'est en suivant le tout premier satellite artificiel, Spoutnik-1, lancé par les Soviétiques en 1957, que les Américains ont relevé que la fréquence de son "bip-bip" changeait sous l'effet Doppler (variation apparente de la fréquence d'une onde lorsque sa source est en mouvement par rapport à l'observateur). Ils en ont vite déduit que, inversement, un navigateur pourrait trouver sa position en mesurant l'effet Doppler sur les ondes envoyées par un satellite émettant sur une fréquence fixe à partir d'une orbite connue avec précision.

Les applications ont tout d'abord été strictement militaires: pour guider des missiles ou connaître le positionnement de troupes au sol. Mais les civils ont pu accéder, gratuitement, aux services GPS à partir de 1993.

Par rapport au GPS, avec lequel il sera compatible, Galileo apportera une plus grande précision, inférieure au mètre. L'autre système existant, le russe Glonass, est actuellement pénalisé par un nombre insuffisant de satellites en orbite. Tant le GPS que Glonass restent opérés par les militaires, ce qui ne permet pas de garantir la continuité du service en temps de crise.

Commentaire de Nicolas Turcat  : Enfin les partenaires industriels semblent s'etre mis d'accord quant à la destinée de ce programme. Relevons que ce projet est en grande partie possible grace à l'Union Européenne et est le premier programme du plan spatial européen ! Pour autant se contenter d'un projet comme celui-ci, serait improductif sur le long terme et surtout insuffisant au regard d'une UE un tant soit peu ambitieuse!


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NSSFRANCE @ 19:03

28 décembre 2005

Commentaire intéressant sur planete-mars.com

A propos du Conseil de l'ESA à Berlin en Décembre, L'association Planète Mars a fait paraitre un commentaire intéressant sur son website www.planete-mars.com. POUR LE LIRE :cliquer  ICI.
Je vous conseille la lecture du dernier paragraphe qui va, à peu près, dans le sens de notre association NSS France à propos de Klipper.
Je me permets ici de citer l'auteur de ces lignes (Richard Heidmann - Président de l'association Planète Mars) :

''En matière de vols habités, les délégations n'ont pas retenu la proposition d'étudier une participation européenne au programme de véhicule russe Klipper. Les incertitudes de ce projet sont nombreuses : techniques (la conception n'est visiblement pas stabilisée), politiques (quel type de coopération, quelles garanties et quels retours pour l'Europe ?). Par ailleurs, le concept de corps portant, beaucoup plus coûteux à développer que celui de capsule (type Soyuz ou type CEV), est-il réellement justifié ? Ne peut-on en faire l'économie, sauf à vouloir faire de la technologie pour la technologie ? Face à ces incertitudes, on peut se féliciter de la prudence des délégations.''
- Sic pour la dernière phrase ... Peut-on vraiment se féliciter de ne pas choisir ???

Commentaire assez clairvoyant quant à ce programme auquel il faut porter une attention particulière.

Nicolas Turcat
Président de la NSS France


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NSSFRANCE @ 09:11

20 décembre 2005

Un Conseil ministériel ESA bien gris ...

Un Conseil de transition qui entend faire acheter européen à des partenaires dénués de Vision commune.

Par Nicolas Turcat, Président de la NSS France.

Alors que le Conseil de l’ESA au niveau ministériel se réunissait à Berlin les 5 et 6 décembre  2005 pour décider notamment de l’avenir de l’Europe spatiale ces trois prochaine années, les menaces sur l’industrie du même secteur n’ont jamais été aussi présentes.

Depuis quelques mois, il est de notoriété publique de dire que ce Conseil n’apportera rien (l’idée du Conseil de transition est alors évoqué) et ne sera qu’un compromis minimum sur la politique spatiale à moyen terme. L’Europe sur ce point fait fausse route. Nous le ne répéterons jamais assez, mais des lignes directrices doivent être trouvées, soutenues politiquem ent et souscrites budgétairement.

Que fera t’on d’ici 5 à 10 ans ? C’est la grande question à laquelle nous nous devons de répondre si l’on aspire à quelques ambitions spatiales.

Un projet ! Une vision politique !

Pour une fois, nous allons commencer sur une note positive avec l’intervention de M. Roger-Maurice Bonnet (président du Cospar) lors d’un colloque organisé en novembre par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) à propos de l’avenir de la politique spatiale européenne que nous ne pouvons que féliciter : ‘’Les décisions stratégiques d’aujourd’hui détermineront le futur dans 20 ans. Aux USA, l’Espace est considéré comme élément politique stratégique. L’Europe devrait tirer la leçon de cet exemple et se doter elle aussi d’un but politique et stratégique ! D’un projet ! Car sans Vision politique, sans le soutien financier nécessaire, sans une communauté scientifique active et présente, sans l’industrie, l’espace européen risque de disparaître et l’Europe ne pourra être que dominée !’’. Outre le caractère évidemment provocateur, mais nécessaire, de la déclaration de M. Bonnet, la situation spatiale européenne est bien résumée et plus que préoccupante. Rappelons que depuis 2003, plus de 4000 emplois ont été supprimés dans le secteur spatial en Europe et la situation, entre 2006 et 2008, risque d’empirer selon le journaliste d’Air et Cosmos M. Lardier (N°2005, 11 novembre 2005, page 37).

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Une conjoncture minable et un Conseil bien gris

Alors que le Conseil de Berlin était censé déboucher sur une révision des perspectives de l’ESA à long terme, il semble se dégager de plus en plus un consensus mou en faveur de programmes déjà engagés. Les incertitudes concernant l’ISS, les vols habités, Clipper ou le FLPP, sont d’autant plus préoccupantes que le Conseil de Berlin ou le Conseil Espace commun de l’ESA et du conseil de compétitivité de l’UE ne semblent rien donner sur ces sujets. En effet la France, l’Allemagne et l’Italie, engluées dans une conjoncture politique négative pour toutes propositions (élections en Italie et en France d’ici un à eux ans, transition et rigueur du gouvernement Merkel en Allemagne) rechignent à s’engager sur la voie des politiques spatiales habitées plus ambitieuses. Nous pensons, en dépit de ce fait, qu’un contexte ne peut faire une politique de manière générale. Aussi, nous comprenons la difficulté à bâtir une Vision commune avec 17 membres mais nous pensons que ce prérequis est fondamental pour la compréhension et le soutien (implement and sustain) d’une politique spatiale européenne plus ambitieuse.

L’ISS, et les vols habités.

De plus le problème récurrent depuis 3 ans avec les Américains à propos de l’ISS et des vols de navettes deviennent véritablement problématiques. Songez que l’Allemagne consacre 300 millions d’euros à maintenir sous cocon le module Colombus à Brême ! Méditez aussi sur le fait que ce même pays veut que l’on consacre 650 millions aux capacités opérationnelles liées à la Station spatiale Internationale. Et songez surtout que cela ne durera pas indéfiniment ! Alors que l’Allemagne et l’Italie ont finalement et durement accepté la hausse de 2,5% (proposée par M. Dordain à Berlin) consacrée aux programmes obligatoires c’est-à-dire scientifiques, et qui ne permettent même pas de soutenir les projets en cours (tout juste capable d’enrayer l’inflation naturelle prévue). La position de la France n’est pas plus envieuse. Nous pouvons lire dans les récentes déclarations de M. Goulard que ce dernier dit ne ‘’pas vouloir rester dans l’attente’’ du retour en vol de la navette et ne veut désormais ‘’plus financer l’opération’’ ! Si nous comprenons le fait de ne pas rester dans l’attente, nous voyons ici clairement les ambitions de la France en matière de vols habités se restreindre de façon drastique et systématique depuis quelques années (depuis 1992 ?)... Alors que répondant au question d’Air et Cosmos, l’actuel ministre de la Recherche (Air & Cosmos N° 2008, 2 décembre 2005, Page 27) répondait que ‘’la politique française en matière de vols habités s’appuie sur les programmes de l’ESA, aujourd’hui en grande partie liés à l’avenir de l’ISS’’. Le CNES a abandonné ici encore ses ambitions en matière de vols habités. Remarquons que ce n’est pas plus mal (au moins, l’honnêteté du propos est à relever), puisque nous pensons que seul le niveau européen peut désormais être un levier suffisamment efficace en matière de larges programmes de R&D. Pourtant la position de la France en matière de vols habités, symboliquement représentée par M. Goulard troquant la politique des lanceurs à l’ISS, est une rupture qui marquera sombrement les prochaines années. Il faudra pourtant chercher les impulsions dans les pays membres et c’est ici que le bât blesse notamment pour la la France. Pis, et dans le même style, ni la France, ni l’Allemagne ne semblaient vouloir apporter de soutien concret ce lundi 5 décembre au projet d’avion spatial Clipper. Finalement, l’avion spatial Clipper proposé (à hauteur de 50 malheureux millions d’euros pour 3 ans) ne ramassera que 4 voix en sa faveur et est repoussé pour une éventuelle décision en 2008. Autant dire, que le projet est mort …Et ce malgré les quelques déclarations post-traumatiques de cette dernière semaine. Puisque l’intérêt du projet tenait dans sa rapidité d’exécution afin de combler le gap technique entre 2010 et 2015. Si nous comprenons le soutien industriel légitime de l’Europe spatiale à l’ISS (que nous avons déjà justifié dans ces colonnes), nous pensons qu’il est désormais temps de faire des choix et de se fixer des priorités quant aux les vols habités : et ce au delà du simple docking d’un module. Le mardi 6 décembre, le consensus était acquis pour l’ISS (et les lanceurs d’un autre coté) et son enveloppe de 650 millions d’euros de frais jusqu’en 2008 en échange d’un troc évident entre la résolution ‘’Buy European’’ et le maintien de la ligne budgétaire de l’ISS.
L’exploration spatiale de l’ESA ne peut se résumer qu’à un programme robotique (Mars Lander) et à une hypothétique coopération avec les Russes (les Japonais sont aussi désormais évoqués !) sur Clipper. Les bonnes nouvelles sont pourtant les suivantes : le FLPP devrait bénéficier d’une hausse de budget (mais insuffisante à notre goût) à hauteur de 0,3 milliard d’Euros et la résolution d’acheter européen fut acquis par le Conseil de Berlin. Ce dernier que Daniel Sacotte qualifie ‘’de transition’’ … Transition, mais vers quoi ?

Une Union trop frileuse ?

À propos des relations entre l’Union européenne et l’ESA, nous soutenons toujours autant un partenariat plus fort entre les deux institutions. Cependant, il faut noter que la focalisation sur GMES et Galileo faite par l’UE est trop réductrice dans sa portée effective. Si ces deux programmes doivent être montés sans aucun doute, le manque d’amplitude et d’engagement plus stratégique de l’UE concernant sa propre politique spatiale pourrait faire perdre toute efficacité politique. En effet, alors que Galileo et son opérabilité semblent repousser de plus en plus vers 2011 et que GMES peine à s’imposer aux vues des ‘’dangereuses’’ perspectives financières de l’UE entre 2007 et 2013, il convient, là aussi, de faire des choix politiques. Notons de façon positive, mais hors programme (puisque financé par le 6ème PCRD), le programme SURE qui permet aux PME des nouveaux Etats membres d’accéder à la recherche scientifique et industrielle sur la Station Spatiale industrielle.


Des principes évoqués à l’efficacité réelle : the European gap …

Concernant la résolution ‘’Buy european’’ proposée par l’ESA, nous ne pouvons qu’être d’accord et aller dans le sens de cette proposition qui pousse le principe de solidarité européenne à son paroxysme (sous l’influence des industriels européens qui se plaignaient des risques de baisse des marchés institutionnels). Si le principe d’acheter européen est intéressant, il est néanmoins illusoire de vouloir l’imposer sans une vision politique sous-tendue qui fixe des buts précis. Occasionnant un deal improbable entre les Français, Allemands et Italiens entre la Résolution ‘’d’acheter européen’’ et le maintien de la ligne budgétaire dédiée à l’ISS à 650 millions d’Euros, le marchandage peut paraître douteux du simple point de vue. Programmatique. Finalement, nous partageons l’avis d’acheter européen mais pour aller où ? Pour faire quoi ? Néanmoins, et dans ce cadre, l’implantation du Soyouz à Kourou nous semble toujours aussi paradoxale, surtout avec l’affirmation de l’indépendance de l’Europe spatiale affichée ces derniers jours par nos responsables spatiaux européens, et ce même dans la perspective où ce lanceur soit opéré, directement ou pas, par Arianespace ! La NSS France se place dans une perspective strictement économique au sens productif du terme : la création de potentiel d’activité doit primer. L’intégration de ce lanceur ne nous semble toujours pas efficace pour les intérêts de l’industrie spatiale européenne. Alors que l’on parle d’aller vers plus d’autonomie et de soutenir sa propre technologie, nous préférons vous rassurer : l’acquisition du Soyouz dans le cadre d’éventuels vols habités à Kourou, ne nous garantira aucune autonomie, ne soutient en aucun cas notre propre technologie (le Soyouz a presque 40 ans !) et ne permettra aucunes nouvelles perspectives dans les vols habités. Le ‘’constructeur’’ du Soyouz restera en Russie, car ce pays entendra avoir de nouvelles ambitions stratégiques dans les années à venir – Il suffit de voir la hausse de 160 % du budget spatial qui passe ainsi à 200 millions d’euros. Dans tous les cas, l’affirmation par Jean-Yves le Gall d’Arianespace de maintenir des mystérieuses ‘’conditions d’exploitation équilibrée’’ entre Ariane 5, Vega et Soyouz débouche sur une solution commerciale qui ne tient pas compte de l’efficience stratégique d’une telle politique sur le long terme. Nous pensons qu’il y a là aussi une contradiction majeure, tout comme il peut y en avoir avec la coopération dans Clipper.
Au vue de l’évolution du discours (prise en compte positive du thème de l’autonomie spatiale européenne) au cours de ce Conseil de Berlin, nous pensons qu’il est temps de nous fixer des priorités hors du cadre traditionnel. Le bilan plutôt négatif de ces 5 dernières années en Europe nous impose de réfléchir à de nouvelles perspectives spatiales. Sans êtres révolutionnaires, nous pensons qu’une démarche par étape (comme nous l’avions proposé avec nos 15 propositions sur 5 ans) est la meilleure stratégie à mettre en œuvre. Il ne peut avoir d’autres solutions si l’on travaille dans le cadre actuel. Nous pensons même qu’il n’y aura pas de solutions brillantes ou étincelantes mais plutôt des étapes toutes plus efficaces les unes des autres. Dans ce cadre là, il serait concevable de réutiliser des concepts en vogue à l’heure actuelle comme le principe ‘’d’acheter européen’’ ou ‘’d’autonomie de l’Europe spatiale’’ : principes et concepts déjà défendu dans nos colonnes. La problématique est donc bien politique : celle d’une vision claire et suffisamment ambitieuse pour porter les défis de l’Europe.

Faire des choix.

Nous pensons qu’il faut aussi s’affranchir de toutes références programmatiques ou politiques avec les USA. Si ceux-ci doivent rester des partenaires privilégiés (comme les Russes par ailleurs), ils ne peuvent pas constituer un frein, voir un blocage net, comme c’est le cas actuellement.  Nous ne pouvons copier ou suivre les Américains et la NASA indéfiniment. Les dommages en matière de politique spatiale européenne de ces 30 dernières années peuvent sembler en partie imputables à la NASA (aléas du Congrès US vis-à-vis de l’ISS dans les 80s/90s et maintenant le Return to Flight) mais en réalité, il faut plutôt trouver les coupables dans notre camp qui n’ont pas su proposer des politiques programmatiques clés suffisamment fortes et implantées pour pouvoir faire infléchir le destin des vols habités. Désormais, il est temps d’être capable de proposer des priorités suffisamment judicieuses et ambitieuses, s’y tenir les financer, et mettre d’accord l’Europe sur un programme commun, quitte à revoir les fondements de l’Europe spatiale. De plus, si l’implication de l’Union Européenne (grâce au 6ème et 7ème PCRD) est louable, il faut dépasser la logique ‘’citizens user driven’’ pour ajouter des compétences à ce programme de R&D, au même titre qu’ ITER ou tout autre programme technologique. Cet ajout de compétence pourrait par exemple prendre en charge, partiellement ou pas, le FLPP ou toutes autres structures spatiales fondamentales à l’accès autonome à l’orbite.
Remarquons, et félicitons une initiative de l’Union Européenne : Le programme SURE financé par la Commission Européenne dans le cadre du 6ème PCRD et lancé la mi-novembre permet aux petites et moyennes entreprises des nouveaux Etats-membres d’utiliser la station spatiale internationale à des fins de recherches et industriels. Ici, la fabrication d’un tissu industriel efficace dans le cadre de la construction européenne, est mise en valeur l‘utilité des vols habités. C’est par cette voie innovante que se construira l’Europe spatiale et l’implication politique de la Commission dans une stratégie spatiale plus globale : nous nous en félicitons. Mais l’urgence de la situation actuelle impose des innovations, et défendant une politique spatiale habitée européenne plus ambitieuse, nous ne pouvons que proposer de nouvelles priorités et de nouvelles étapes. La sauvegarde des avantages acquis ne peut faire une politique. Assurer 95% des propositions de l’exécutif de l’ESA ne peut être une politique en soi, puisque le seul programme quelque peu en dehors de la norme, Clipper, n’a suscité que 4 bras levés lors du vote … La période de transition doit se terminer dans tous les cas en 2008 et le retard accumulé, alors, devra être  contrecarré rapidement. Le choix minimum de soutenir les lanceurs dit européens est une solution facile qui mérite pourtant que l’on se réjouisse de la compréhension de certains principes comme l’autonomie stratégique à acquérir ou que l’on félicite le fait de financer à hauteur de 650 millions d’euros les programmes liés à l’ISS jusqu’en 2008. Des choix supplémentaires, réalistes et plus ambitieux sont réalisables et permettraient de sauver la situation d’ici là. Faisons les efficacement.

Nicolas Turcat
Président de la NSS France


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NSSFRANCE @ 15:08

30 septembre 2005

Fin de l'ISS américaine ?

Je ne sais pas quoi penser de cette nouvelle qui vient de tomber ! Rire ou pleurer ? Quant je disais qu'il y avait une occasion à saisir pour les européens !!!!

vendredi 30 septembre 2005, 19h15

La NASA émet des doutes sur le maintien d'une présence américaine "continue" sur l'ISS

BAIKONUR, Kazakhstan (AP) - La NASA a émis des doutes vendredi sur la future participation des Etats-Unis aux vols spatiaux russes et sur le maintien d'une présence américaine "continue" sur la Station spatiale internationale (ISS).

L'administrateur de l'Agence spatiale américaine, Michael Griffin, en visite sur le cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan, pense pouvoir parvenir à "un accord financier acceptable" avec Moscou, qui réclame une contribution financière aux Américains pour leur participation aux futurs vols russes.

Mais, a-t-il prévenu, en raison d'une loi américaine qui pénalise les pays vendant des armes à l'Iran, la "présence américaine continue sur l'ISS" pourrait prendre fin.

Or, la Russie est en train de construire une centrale nucléaire d'une valeur de 800 millions de dollars (667 millions d'euros) en Iran malgré les objections des Etats-Unis qui estiment que ce projet pourrait aider Téhéran à acquérir l'arme nucléaire.

Samedi, un astronaute américain doit s'envoler du cosmodrome de Baïkonour à bord d'une fusée Soyouz, en compagnie d'un cosmonaute russe ainsi que d'une homme d'affaires qui a payé pour ce voyage. Ensuite, le prochain vol Soyouz est prévu en avril 2006. AP


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NSSFRANCE @ 21:06

Les réactions politiques washingtoniennes suite à l’annonce de l’ESAS de la NASA.

Attention ce papier n’est pas un article en soit puisqu’il contient de larges traductions et reprises du weblog ‘’space politics’’ de Jeff Foust ainsi que des news de Yahoo.fr puis analysées brièvement par la NSS France.

Réactions mitigées :

Alors que la NASA a révélé son ESAS (Exploration Systems Architecture Study), les membres du Congrès américain commencent à prendre conscience du projet et en pèsent les conséquences Si des représentants républicains comme Sherwood Boehlert et Ken Calvert (Respectivement New York et Californie) soutiennent traditionnellement la NASA, des républicains et démocrates sont plus critiques quant au retour sur la Lune pour 2018. Notons que le représentant Calvert, président du sous-comité sur l’Espace du comité des Sciences de la Chambre des représentants a indiqué dans la même veine à la revue Aerospace Daily que ‘’l’alunissage pour 2018 était trop lointain !’’ puisqu’il croit que les chinois pourraient faire une mission habitée sur la lune bien avant cette date ! A la veille d’un nouveau lancement chinois (prévu pour le 13 octobre) : Manœuvre politique ou réelles informations ? Le discrédit de ce genre de propos lorsque l’on examine les lancements des Shenzous (2 ans entre 2 missions : Shenzou 5 et 6 !) est évident. D’autant plus que la ‘’faiblarde’’ manœuvre politique avait déjà été tentée il y a quelques années par Robert Walker (du Congrès) lorsqu’il fut informé par un parlementaire japonais, ou européen selon les versions, que les chinois feraient ‘‘alunir des hommes sur les lune d’ici 3 à 4 ans’’ … La course entre la chine et les USA ne semble pas faire recette et est immédiatement discréditée politiquement par les faits. Dans ce même article les représentants républicains Calvert et Dana Rohrabacher de Californie soutiennent en gros le programme d’exploration de la NASA même si Rohrabacher parle de ‘’priorités’’ à définir dans le plan pour que la NASA puisse financer correctement ce plan. Dana Rohrabacher était président du sous-comité sur l’Espace (1997-2005) et souhaite désormais obtenir la chaire du comité des Sciences de la Chambre des représentants. Dana Rohrabacher est un véritable animal politique républicain, au même titre que Tom DeLay. Il fut ancien assistant spécial de Ronald Reagan dans les années 80 (il était aussi rédacteur de ses discours), et donna un nouveau sens politique au sous-comité du congrès sur l’Espace à la fin des années 90. Beaucoup d’historiens le décrivent comme l’un des inspirateurs de la doctrine économique de Reagan, dans la pure tradition républicaine, il aida, ainsi à formuler la déclaration des droits économiques (Economic Bill of Rights) du Président Reagan lors de son fameux discours devant le monument de Jefferson. Néanmoins, son implication dans le domaine spatial fut souvent perçue comme ambiguë notamment à propos de l’ISS ou de la navette à la fin des années 90. Il vient de se joindre à l'opération Offset qui tend à supprimer le plan spatial présenté par la NASA...

Le quotidien Florida Today rapporte ainsi les propos de représentants dits ‘’libéraux’’ (+ social en réalité ) comme le démocrate Barney Frank (Massachusetts) qui parle du plan spatial de l’agence américaine comme ‘’une terrible et mauvaise attribution de ressources déjà maigres’’ ou le républicain de Floride Jeff Miller qui pense que la NASA ‘’ne devrait pas à être à l’abri des coupes budgétaires courantes’’.

Dans une position intermédiaire le sénateur Kay Bailey Hutchison, qui est pourtant un avide supporter de la navette dit prudemment qu’il ‘’sera fait le maximum pour garder la navette et le CEV dans la course’’. Une déclaration que le Washington Post juge comme énigmatique (édition du 20 septembre 2005).

Tom DeLay - Hors jeu :

Alors que l’on apprend que le représentant en chef républicain Tom DeLay (Texas), soutien traditionnel de la NASA, vient de perdre son siège de leader de la majorité républicaine au Congrès au profit de Roy Blunt (Missouri), la situation politique des Républicains devient très grave. Suite à une inculpation mercredi 28 septembre 2005 de financements politiques pour des faits présumés de collecte de fonds illégale et d'utilisation frauduleuse de donations d'entreprises imputées à une organisation qu'il a créée, ‘’les Texans pour une majorité républicaine’’ (TRMPAC). Tom DeLay a démissionné de son poste de chef de la majorité mais garde son siège de représentant. A l’heure où nous déclarions que la NASA devait être soutenue à pleine force par les forces parlementaires américaines en faveur du plan spatial, l’agence spatiale US perd son plus grand et éminent soutien à un moment crucial de l’implantation du programme auprès des membres du Congrès. Mais plus profondément, c’est aussi le problème des républicains face aux élections législatives du mid-term de novembre 2006 qui va poser des difficultés à la survie du programme de la NASA. Sans vouloir dramatiser, la situation est des plus préoccupantes pour les républicains du Congrès. La réputation de Tom DeLay qui faisait passer toutes les directives présidentielles auprès de ses collègues (il était surnommé ‘’le marteau’’) et qui était le plus fervent atout politique intérieur du Président Bush à la chambre des représentants semble ternie irrémédiablement jusqu’aux prochaines élections de 2006. Le crédit politique au Congrès de George W. Bush semble ainsi amoindri de façon considérable pour ce qui concerne la politique intérieure. Le parti républicain semble, lui, divisé sur le sujet et la cohésion du groupe risque d’exploser politiquement avec le retrait du principal attaquant du camp du Président. On peut noter que Tom DeLay avait déjà reçu un certain nombre de blâmes pour manquements à l’éthique parlementaire. L’enquête ouverte au Texas par le procureur Ronnis Earle du comté de Travis a poussé Tom DeLay, selon les lois de son propre parti, à démissionner de son poste de chef de la majorité. D’après l’accusation 190.000$ versés par des entreprises auraient été recyclés par l’intermédiaire d’une organisation créée par DeLay, ‘’les Texans pour une majorité parlementaire’’ (TRMPAC) et versés au Comité national républicain pour financer les campagnes des candidats républicains. Il faut noter que la législation texane proscrit le financement de la vie politique par des entreprises. Membre du parti républicain depuis le début des années 80. Dès 1984, il quittait le Texas pour représenter son état natal à Washington DC. Il devient essentiel au rouage de la machine politique républicaine en intégrant l’Etat major de ce parti en 1988 sous la houlette de Dick Cheney. En 1994, il était l’instigateur de la ‘’Révolution Républicaine’’ lors du raz de marée législatif de la même année. Il resta pourtant toujours attaché à s’imprégner de la vie politique locale en participant indirectement aux campagnes républicaines locales. Il soutient ainsi en 2002 l’avènement d’une majorité républicaine au parlement du Texas, ce qui lui vaut indirectement les problèmes aujourd’hui rencontrés. Si pour les démocrates (comme la chef du camp démocrate à la chambre des représentants Nacy Pelosi), cette affaire est du ‘’pain béni’’ politique, les républicains vont devoir tenir le front jusqu’en novembre 2006. Le procureur Earle a la réputation d’avoir déjà attaqué de nombreux politique en exercice, ce qui fait dire à Tom DeLay que cette accusation est ‘’partisane’’ et ‘’manipulée par les démocrates’’ puisque Ronnis Earle se définissait comme un procureur d’obédience démocrate. Ce procureur a déjà poursuivi en justice 11 représentants démocrates et 5 républicains ou des sommités comme le sénateur Kay Hutchison. Cette affaire affaiblit au premier plan le Président mais aussi menace la cohésion politique du camp républicain. Lors de sa dernière conférence de presse, réfutant les accusations du procureur Earle comme étant une ‘’machination démocrate’’, il dressa aussi une impressionnante liste de projets que le parti républicain entendait mener et qui risque de rester lettre morte si celui-ci perd de sa puissance d’action au sein d’un pays qui pense à 70% que les autorités auraient pu mieux gérer les effets de l’ouragan Katrina. Parmi ses projets se trouvait la fameuse réforme fiscale, la réforme de la politique d’immigration ou la délicate réforme des retraites. Tous ces projets, ainsi que le programme d’exploration de la NASA risquent leur survie au Congrès dans les prochains mois alors que l’environnement politique tourne à l’avantage des représentants démocrates avec l’affaire de la gestion de l’ouragan Katrina (accusations à l’encontre de la FEMA, du DHS). Il va falloir une dose certaine de cohésion et d’ambition politique pour redresser la situation chancelante du parti républicain alors que plus de 60% des Américains pensent que le Congrès est un lieu de corruption… une sérieuse reprise en main politique attend le programme spatial américain.

L’Opération Offset, compromise ?

L’opération Offset (compensation) est un autre exemple de ce manque de cohésion au sein du parti républicain. Le Republican Study Committee (RSC) avait annoncé une série de mesures possibles à prendre pour résoudre le problème du financement de la reconstruction suite à Katrina. Dans son rapport proposé la semaine du 12 septembre 2005 le RSC propose un plan de coupes budgétaires. Nous en avons déjà parlé la semaine dernière mais nous pensons qu’il faut jeter un œil plus précis sur le RSC et sur les réactions qu’il peut engendrer. Les problèmes du parti républicains au Congrès nous font penser que toutes réactions politiques à l’encontre du programme de la NASA est à anticiper. Le RSC proposait ainsi de couper purement et simplement le programme ‘’Moon/Mars initiative’’. Ce programme n’est qu’une petite partie des coupes proposées. On peut noter néanmoins qu’à la différence d’autres nombreux programmes, la suppression du projet de la NASA est très peu justifiée si ce n’est d’un point de vue financier.
Le RSC est un regroupement indépendant d’une centaine de parlementaires républicains à Washington DC. Il est présidé par le représentant Mike Pence de l’Indiana et se définit comme un regroupement chargé de ‘’faire avancer des aspects conservateurs en matière de social et d’économie’’. Il se définit aussi comme chargé de ‘’limiter le rôle constitutionnel de l’Etat fédéral américain, de promouvoir une défense nationale forte, de protéger les droits individuels et de propriété du citoyen américain, ou de préserver les valeurs fondamentales de la familles’’ … dans la pure tradition républicaine...
En faveur de la NASA, la cohésion au sein même du RSC ne semble pas plus assurée puisque déjà des membres de ce regroupement comme Ted Poe (Texas) s’oppose fermement à certaines mesures et plus particulièrement à celle concernant la NASA. Notons que ce représentant est élu par la ville de Houston, haut lieu de l’espace au Texas, il parle aussi de la NASA comme un programme qui aura de grands bénéfices pour sa communauté. Remarquons enfin que Dana Rohrabacher s'est joint à l'opération Offset dans le cadre du programme conservateur républicain: ce qui est une mauvaise nouvelle pour la NASA. Le jeu politique prend donc toute sa consistance ici encore. Notons enfin que les troubles rencontrés par les républicains au Congrès ces derniers jours risquent de paralyser l’action du RSC pour quelques semaines.

La NASA va devoir se battre politiquement pour voir son projet soutenu par les Congressistes ces prochains mois, d’autant plus que l’agence américaine va devoir affronter la perte de son soutien politique efficace principal avec la démission de Tom DeLay, le manque de cohésion et les soubresauts politiques du parti républicain au pouvoir, et les élections de novembre 2006 risquent de voir ‘’fleurir’’ des propositions plus ou moins démagogiques de la part des représentants républicains qui peuvent aller à l’inverse des intérêts de l’agence spatiale américaine. Dans tous les cas, politiquement, la manœuvre sera beaucoup plus dure à faire ces prochains mois.


Nicolas Turcat
Président de la NSS France.

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Dana         Rohrabacher, représentant républicain de Californie         depuis 1988, ici photographié en mai 2005 alors qu'il présidait         encore le puissant ''Space and Aeronautics Subcommittee of the House Science         Committee'' (de 1997 à 2005).


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NSSFRANCE @ 21:04

23 septembre 2005

De STS à l’ISS … L’Europe démunie ?

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Ecorché du Colombus module de l'ESA (Crédits ESA)



Alors que nous apprenions que le prochain vol de la navette spatiale américaine (STS) ne se déroulerait pas avant la fin 2006, ‘’l’assemblage de l’ISS ne pourra reprendre avant 2007’’ : dramatique nouvelle délivrée ce vendredi 16 septembre dans Air et Cosmos N°1997. STS-121 ne devant pas décoller avant fin 2006 en raison du programme Return To Flight (RTF) à revoir, le module Colombus de l’ESA ne décollera peut-être pas avant 2008 … A l’heure actuelle, les discussions ‘’behind the scenes’’’ vont aussi bon train entre l’ESA, la NASA et Roscosmos pour les plans de construction de l’ISS.

Au delà de la gestion calamiteuse du retour en vol du STS américain, le problème de lancement de Colombus est finalement bien de notre ressort. La dépendance européenne pour les vols habités envers les Russes ou les Américains est aujourd’hui, plus que jamais, flagrante. On ne peut que s’en prendre à nous même. Alors que l’APM/MTFF/PPF puis COF Colombus avaient été prévus pour faire partie du trio MTFF/Hermès/Ariane 5 (Cf. l’ESA / LTP de 85 ou 88 ou Europe’s Space Programme de Brian Harvey), symbole de l’autonomie des vols habités européens il fut choisi d’en remettre la responsabilité de lancement aux Américains. Nous nous retrouvons dans la position impossible de négocier notre présence à bord de l’ISS. Il semble pourtant acquis que les Etats-Unis assumeront le lancement du JEM japonais et de Colombus européen. En effet, depuis quelques temps se trouve sur le web le scénario à 16 vols de la NASA en discussion avec l’OMB. Alors que 28 étaient prévus, 16 vols ne seraient plus effectués pour compléter la Station. De très nombreux éléments seraient supprimés dont le module pressurisé du JEM japonais, la centrifugeuse CAM, l’expérience AMS pour l’antimatière, le Science Power Module (SPP) ou une poutre NEP russe. C’est donc bien une Station au rabais que nous promettent les Américains où la science semble sacrifiée au gré des aléas techniques de la NASA. Cependant, il ne tenait qu’aux Européens de se doter d’un moyen de lancement autonome pour leur propre module ou les autres, en cas de coopération avec d’autres nations. Finalement, on peut se demander si les partenaires de l’ISS ont bien compris les leçons autour de ce projet international. Alors que la coopération innovante était louée, que l’esprit ‘’d’amitié des peuples’’ était vanté au sein de l’ISS, ou que l’idée supérieure de bâtir le plus grand projet de l’Humanité en orbite basse était promue ici bas, la Station tombe rapidement aux oubliettes lorsqu’il s’agit de finir ce qui a été commencé. Même s’il est évident que le projet lunaire et martien devaient être mieux mis en avant afin de justifier l’ISS, les propos de Patrick Baudry à son propos (‘’l’ISS est un non-évènement’’ – LCI / 21 septembre 2005) sont excessifs. Nous ne ferons pas l’historique, ni même un rappel des raisons qui poussèrent les Américains, Russes, Japonais ou Européens à investir dans l’ISS, mais il faut rappeler deux ou trois faits à propos de cette Station. Soit, l’ISS ne fait plus rêver (quoi-que, j’en rêve encore…), mais le puits gravitationnel dans lequel nous sommes engoncés sur Terre est un vrai problème si l’on veut s’établir dans l’Espace : l’ISS pouvait servir d’étape (un peu à l’image d’un port) pour aller plus loin. Pour cela encore fallait-il entendre la conquête spatiale dans une perspective méthodique et raisonnée. Souvenons nous aussi que la Station Freedom ou Alpha ont été travaillées à une période où la microgravité, les applications industrielles en orbite basse ou la préparation de vols plus lointains étaient au cœur d’une stratégie de développement des activités humaines en orbite basse. Le STS faisait d’ailleurs partie de cette architecture qui devait nous pousser plus loin. L’ISS et le STS n’étaient donc que des étapes. Le vrai problème intervient au moment où les hommes politiques, sous la pression budgétaires du début des années 90, transformèrent ses étapes en une fin en soit ! Or ni l’ISS, ni le STS, ni même le CEV ou le lanceur lourd désormais envisagé ne peuvent être autosuffisants pour leurs justifications ! L’évolution des projets cités ici leur est fatale. Evidemment que le port du Southampton ou de Cherbourg ne fait pas rêver mais lorsque le Titanic y vint en 1912, il enchantait alors les foules qui s’y pressaient. L’ISS (comme le STS) est donc bien une étape ou un moyen mais pas une fin. Nous ne reviendrons pas sur les raisons et nous vous renvoyons à la littérature citée plus bas mais l’ISS est nécessaire et le sera s’il est question un jour de s’établir sur la Lune ou d’aller sérieusement sur Mars. Alors, nous pouvons comprendre les nations réticentes à finir ce projet mais peut-être devait on finir en 28 ou 25 missions de STS et profiter au mieux du savoir faire acquis à bord de la Station ? Peut-être valait-il mieux aussi développer cette station au profit de nations spatiales émergentes afin de leur mettre le pied à l’étrier ? Enfin peut-être fallait-il mieux prendre en Europe une responsabilité plus grande au sein de la Station ? En effet alors que l’on parle sur notre continent d’espace utile, n’est-il pas meilleur exemple que la Station pour rendre cette politique spatiale concrète ? Mais plus qu’un simple plaidoyer pour l’ISS, ce papier entend mettre en exergue les paradoxes de la politique spatiale européenne qui en est réduite à négocier ses vols (cf. Thomas Reiter, quid ?) ou à négocier sa propre présence sur la Station ! Nous pensons que l’Europe s’est égarée avec les Américains dans un piège qui se referme sur nous en ce début d’automne. Alors que nous pensions que l’Europe spatiale avait tiré des leçons de Spacelab ou des négociations houleuses avec les USA entre 1985 et 1992 à propos de la Station Spatiale, on s’aperçoit que notre position est plus fragile que jamais. Dans cette logique, nous demandons à ce que les autorités spatiales européennes en charge de l’ISS soient fermes et fassent leur possible pour maintenir cette structure orbitale intègre, qui est si vitale pour la pérennité des vols habités en Europe. Notons qu’il va falloir renégocier tous les accords avec les Américains dans le cas où l’ESAS devienne la nouvelle politique (au détriment de STS et de l’ISS) ou que l’ESAS s’arrête. Nous pensons enfin que l’étude d’un scénario européen sans Colombus est inadmissible et hors de propos. Nous tenons à être très ferme à ce sujet, nous pensons que renoncer à Colombus reviendrait à renoncer à toutes velléités spatiales pour les 20 prochaines années. Déjà que certains se sentent honteux d’avoir enterrer Hermès en Espagne en 1992, je n’aimerai pas voir la tête de ceux qui enterreront Colombus…après plus de 20 ans d’études !

Alors que la NASA a bénéficié de la clémence politique du Congrès pour remettre sur pied la flotte de STS avec plus d’un milliard de dollars de frais de réparation et d’amélioration, l’agence spatiale US n’a pas su gérer cet été le vol chaotique de STS 114. La faute pratique revient à la NASA qui depuis quelques temps ne sait pas quoi faire avec cette flotte de navette. Peut-être, là aussi, aurait –il fallu expliquer que le vol spatial intègre une dose de dangerosité inhérente à tous véhicules volant à plus de Mach 25 vers l’espace sidéral… Encore une fois faut-il insister sur l’excès médiatique fait autour de la sécurisation du véhicule, le STS a volé et est déjà revenu avec plus d’impacts que pendant le vol STS 114. Tous les astronautes que nous avons rencontrés sont conscients du danger et c’est notamment ce qui en fait de véritables pilotes d’essais. Alors si l’on peut comprendre que dans le cadre d’une amélioration des vols spatiaux vers l’orbite basse, le STS soit le plus ‘’safe’’ possible, il est incompréhensible de mettre cette pression sur la NASA dès qu’un malheureux bout de tuile tombe. La NASA n’a pas su expliquer ce fait, ou même les raisons qui la poussent à renouveler les missions vers la Lune. La communication institutionnelle au sein de l’administration républicaine semble connaître quelques ratés. La situation américaine n’est pas non plus enviable d’autant plus qu’elle n’est pas certaine mais il faudra faire avec si l’on veut composer une coopération constructive.

Ainsi, à la NSS France, nous pensons que des engagements doivent être pris pour Colombus et le maintien de la complétude de l’ISS lors du prochain Conseil ministériel de l’ESA. Nous pensons aussi qu’il serait bon de profiter un peu de la situation pour se faire une place plus large au sein de cette Station Spatiale afin d’occuper une place critique dans le déroulement d’un scénario d’exploration. Nous pourrions envisager d’élargir notre capacité au sein de l’ISS et de détenir les clés de différentes technologies. Nous pourrions aussi, avec ou sans les Russes, nous faire une place de choix dans l’architecture qui nous mènera à l’exploration. Nous pourrions entrevoir par exemple de développer des éléments modulaires scientifiques, technologiques ou même de R&D dans l’espace, supplémentaires pour l’ISS. Ces éléments viendraient en complément de l’architecture existante et pourraient être lancés en coopération sur des lanceurs russes. L’utilisation critique est finalement la clé de l’exploration future. Si les Américains posent le pied sur la Lune en 2018, et s’ils veulent vraiment s’y installer ou aller vers Mars, il leur faudra passer, tôt ou tard, par une infrastructure orbitale complète qui pourrait alors avoir été ‘’trustée’’ par les Russes, les Européens ou même les Chinois. Dans le cas rare où ils décideraient de faire l’impasse sur une station en LEO, le ‘’Test bed’’ technologique (ou ‘’l’Université de l’Espace en orbite’’) que représente l’ISS serait un atout majeur en notre faveur pour des projets encore plus lointains. Ceci n’est qu’une piste de travail mais qui peut servir la cause européenne et redistribuer la donne dans quasiment tous les scénarios de développements spatiaux américains. Nous avons payé le prix fort notre faiblesse politique de croire que nous ne pouvions pas investir dans les vols habités : nous risquons aujourd’hui de presque tout perdre par notre faute. Ainsi si l’on peut reprocher à la NASA sa mauvaise gestion de l’annonce de l’ESAS du déroulement du vol STS 114, si l’on peut reprocher à la NASA d’avoir pêché par orgueil, il ne faut s’en prendre qu’à nous même. Nous devons trouver des solutions et cela rapidement. Alors que le DG de l’ESA étudie ce fameux mais scandaleux scénario sans Colombus (cf. Space News – Europeans weigh Space Station Options par Peter de Selding), nous devons trouver une solution autre que tout supprimer. Nous avons assez fait le dos rond. Nous nous sommes assez reçu de gifles. Nous nous sommes suffisamment laisser aller pour ne pas prendre conscience de l’état réel. Il suffit de comparer les plans d’hier pour voir que rien ou presque n’est prévu pour demain. Il va falloir prendre une décision en faveur de notre industrie spatiale, en faveur de notre communauté scientifique et politiser notre propos pour qu’il devienne enfin crédible. Finalement, il s’agit de savoir si l’on veut continuer ou pas les vols habités ! Nous avons ici assez justifié notre position en faveur d’une politique spatiale européenne habitée plus ambitieuse. En temps de crises, s’ouvrent des opportunités comme jamais, il est temps d’en exploiter les failles : c’est le moment ou jamais, où l’Europe a une carte stratégique à jouer avec l’ISS : PROFITONS EN !

Nicolas Turcat
Président de la NSS France.

Ressources bibliographiques indispensables pour comprendre le sujet :

ALEXANDER Kent, The Space stations, New York, Gallery Books, 1988.
BOND Peter, The continuing story of the International space station, London, Springer Praxis, 2002.
HARLAND David, The story of the space shuttle, Chichester, Springer Praxis, 2004.
HARLAND David & CATCHPOLE John, Creating the ISS, London, Springer Praxis, 2002.
HARVEY Brian, Europe’s Space Programme, To Ariane & Beyond, London, Praxis Springer, 2003.
HEPPENHEIMER T.A, History of the Space Transportation System, Washington DC, Smithsonian Institute Press, 2002.
-Volume 1, The Space shuttle decision, 1965 to 1972.
-Volume 2, Development of the space shuttle, 1972 to 1981.
LAUNIUS R., NASA, A History of the US Civil Space program, Malabar, Krieger Publ. Co., 1994.
LAUNIUS R & McCURDY Howard, Spaceflight and the myth of presidential leadership, Chicago, Press of University of Illinois, 1997.
McCURDY Howard, The Space station decision – incremental politics and technological choice, Baltimore, John Hopkins University Press, 1990.
MESSERSCHMID Ernst & BERTRAND Reinhold, Space stations, systems and utilizations, London, Praxis Springer, 2001.
SIMPSON Theodore R. (dir.), The Space Station, an idea whose time has come, New York City, IEEE Press, 1984.


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NSSFRANCE @ 17:55

Klipper : le danger de la facilité ou aller plus loin ?

 

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Les deux principales formes de klipper - En haut la version ailée de 2005, en bas la version corps portant de 2004. (crédits ici)


Alors que le salon du Bourget avait été délaissé de façon inadmissible par l’agence spatiale européenne, cette dernière a, semble t-il, préféré aller en Russie cet été se présenter dans ce prometteur pays avec un très grand stand au salon de Moscou. Si le fait de préférer le public russe à l’européen n’a rien de choquant, le problème vient que l’Europe spatiale industrielle risque de se sentir délaissée à terme, et elle aurait raison… ! Enfin, faut-il faire attention au jeu qui est de mise dans ce ménage à trois !

Nous avons toujours soutenu le rapprochement russo-européen dans le domaine avancé des techniques des vols habités. Pourtant il ne doit pas se faire à n’importe quel prix, mais doit être judicieux et avantageux pour tous les partenaires.

Quant à Klipper, nous avons désormais de sérieux doutes concernant la participation effective de l’industrie spatiale européenne et les retombées directes, ou indirectes, qu’elle pourrait y gagner. Les déclarations de M. Frabrizzi (directeur des lanceurs à l’ESA) dans l’Air et Cosmos N°1994 du 26 août 2005 ne sont pas très encourageantes pour la détermination de l’Europe à conduire le projet. Il faudra éviter dans tous les cas que l’Europe se contente d’être un vaste chéquier ou un simple sous-systémier informatique ou électronique. L’Europe vaut beaucoup plus ! Le problème avec le projet Klipper est finalement assez simple : qu’y gagne-t’on ?’Les vols habités coûtent chers’’ et nous le savons mais ce n’est pas perdre un peu de notre autonomie technologique et industrielle de s’associer aveuglement à un projet comme celui-ci ? Nous pourrions nous demander, dans le cas où Klipper serait lancé de Guyane, comment l’industrie spatiale européenne pourra encore proposer des programmes de vols habités ou comment l’ESA pourra de façon autonome se développer dans l’espace. Nous l’avons toujours dit et nous tenons à le répéter ici : la conquête spatiale est aussi un enjeu économique pour demain et les activités induites par un développement au-delà de l’orbite basse seront fondamentales à notre propre économie. Alors que l’on parle de l’Europe de la compétitivité et de relance de la Recherche aux profits de nos industriels et chercheurs, est-ce vraiment une si bonne idée de s’associer sur un projet aussi fondamental ? Or il existe des blocs économiques préexistants qu’il faut savoir préférer à d’autres enjeux. Dans notre cas : c’est l’Europe à 25 qu’il s’agit de faire prévaloir. C’est définitivement un choix politique. Le vrai risque est que Klipper se fasse et qu’EADS ou tout autre industriel européen n’en tirent aucun bénéfice ; et puisque le marché institutionnel semble aller vers un renforcement de son activité, il est d’autant plus judicieux de protéger nos intérêts industriels spatiaux avant quelques autres considérations. La Russie ou l’Ukraine ne sont toujours pas membres de l’ESA, donc les raisons d’une coopération avec la FKA ne peuvent à l’heure actuelle se justifier que sur des technologies précises mais non critiques à l’intégrité du projet. Dans le cas d’une coopération poussée avec les Russes sur Klipper, il faudrait revoir nos modes de coopération avec cette entité politique unique pour en tirer des leçons économiques et stratégiques.
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Il faut aussi tenir compte de la dimension stratégique. Jusqu’à quel point les Russes veulent-ils que nous coopérions ? La Russie de Vladimir Poutine ne semble pas prête à rentrer dans l’Europe communautaire et pour l’ESA, cela risque tout au plus d’être un accord à la canadienne qui se profile à moyen terme. La présence de M. Poutine au pouvoir nous confirme cette importance stratégique russe pour les années à venir. La Russie, qu’on le veuille ou non, est un bloc à lui tout seul qui peut faire des alliances de circonstances mais qui fera toujours prévaloir ses propres intérêts. La CEI est une zone économique dynamique qui se développera dans les prochaines années et elle aurait tort de se priver de tous les bénéfices y compris spatiaux. Enfin notons que la dimension ‘’prestige’’ ou ‘’grandeur’’, quelque soit le nom, est aussi une grande part de motivation dans l’engagement de vastes programmes spatiaux. La situation spatiale en 2005-2006 sera aussi au profit de la CEI de ses Soyouz ou de ses Progress. La Chine, les USA, la Russie, ou même le Brésil ou l’Inde ont compris cette spécificité aux techniques spatiales. Il va falloir en Europe réfléchir sur le sujet au niveau politique : assumons nous ou pas notre dimension de prestige quant à nos programmes européens ? Allons-nous comprendre que ‘’vendre’’ du rêve à la Hermès, à la Colombus, à la Planète Mars, à l’ATV ou à la Ariane (cette dernière est un symbole de réussite méritée et porte parole à elle toute seule de l’Europe spatiale alors qu’historiquement le programme s’est déroulé sans l’Europe politique) est nécessaire dans un monde où les pôles stratégiques vont désormais évolués plus vite et surtout plus techniquement ? Il faut savoir exploiter politiquement toutes nos ressources d’autant que cela servira nos intérêts économiques, technologiques et scientifiques directs !

Pourtant il faudra faire des choix. L’Europe spatiale ne peut pas aller butiner à droite, à gauche des programmes qui lui semblent intéressants : il faut désormais assumer sa propre dimension stratégique. Alors que certains critiques politiques parlent de ‘’péché d’arrogance’’ pour les Etats-Unis, certains auteurs américains parlent de ‘’syndrome d’infériorité’’ pour l’Europe politique comme étant la maladie propre de la CE (cf. Jeremy Rifkin, Le rêve européen). La tendance que l’on a sur notre continent à se dévaloriser est affolante. Il en est de même pour l’Europe spatiale. Cette dernière a bien changé en 20 ans mais les constantes restent les mêmes : s’émanciper vers l’autonomie spatiale et la compétitivité mondiale : ces deux facettes, s’alliant, peuvent nous mener au-delà de l’orbite basse. Le projet Klipper doit être mûri et pensé dans cette perspective, si tel n’est pas le cas, le risque d’une opération ‘’à la Spacelab’’, ou ‘’à l’Hermès’’ risque de se dérouler à nouveau. Il faut savoir identifier avec clairvoyance et COHERENCE nos intérêts et les faire prévaloir avec vigueur.

Nicolas Turcat
Président de la NSS France.


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NSSFRANCE @ 17:49

Christophe Bonnal (Direction lanceurs CNES) répond aux questions de la NSS France.

La NSS France a demandé à Christophe Bonnal, responsable des projets futurs à la Direction des Lanceurs du CNES et Président de la Commission Transport Spatial de l'AAAF de répondre à quelques questions. Malgré la différence de point de vue sur la politique spatiale habitée en Europe, son opinion personnelle sur quelques grands sujets est très intéressante dans la mesure où son expertise et ses compétences sont reconnues et feront avancer le débat sans aucun doute :

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Christophe Bonnal du CNES (crédits CNES)

Comment voyez-vous l'avenir des vols habités en Europe ?
Le vol habité en Europe ne doit pas être une finalité en soi mais l'optimisation de l'utilisation d'un moyen général (l'ISS) auquel nous avons beaucoup contribué. La priorité est donc l'utilisation de l'homme dans l'Espace, certainement pas la recherche d'un accès autonome européen, cet accès étant déjà fort bien couvert aujourd'hui via les accords internationaux avec les Russes et les Américains (cf. le vol de Thomas Reiter par exemple).

 

Quels sont selon vous les enjeux derrière une politique spatiale européenne et plus largement derrière les vols habités ?
La priorité européenne est l'utilisation de l'espace, et non l'espace comme moyen politique. C'est la différence majeure avec les visions chinoises par exemple ou américaines dans lesquelles l'homme dans l'espace sert de "vitrine" technologique. La politique européenne en matière de vols habités doit en conséquence être exclusivement dictée par l'utilisation de l'espace.

 

Quelles évolutions envisager pour Ariane V dans le cadre des vols habités européens indépendants ?
Dans le même cadre d'étude des modifications potentielles, nous étudions au CNES les évolutions qu'il faudrait faire sur Ariane 5 pour l'adapter au vol habité. Ces modifications sont relativement peu nombreuses, car il faut se souvenir que ce lanceur était dès sa conception capable de vol habité. Ces analyses, en conséquence, relèvent plus de détails du genre fiabilisation des commandes de vannes électriques, Health Monitoring, etc... Naturellement, la question du véhicule lui-même (type CEV, Hermès, X38, etc...) est complètement indépendante, y compris le système d'extraction et d'éloignement en cas d'anomalie. Les modifications de la base de lancement seraient également importantes, bien sûr, mais sans criticité aucune.

 

Si non à la question précédente, pourquoi et quelles solutions sont disponibles ?
Une fois de plus, nous n'avons pas en Europe de vocation au vol habité autonome, ce n'est pas dans nos priorités. Toutefois, si l'on devait évoluer sur ce sujet pour une raison ou l'autre, on pourrait considérer une variante habitée du Soyouz lancé de Guyane. Il y a eu pas mal de publications à ce sujet, notamment ESA et EADS-ST lors du dernier IAC (IAF). Néanmoins, ne confondons pas, encore une fois, les solutions et les orientations.

 

Comment envisagez vous l'avenir de l'exploration spatiale par les êtres humains ?
Avis strictement personnel sur une question très générale et complexe. Je suis convaincu que nous avons besoin de grands projets, chantiers internationaux à vocation utile pour l'humanité, fédérateurs à travers des coopérations internationales ambitieuses, techniquement complexes de façon à restaurer un intérêt pour les jeunes générations, etc... Les idées de ce genre ne manquent pas en général dans tous les domaines : fertilisation du Sahara, recherches énergétiques liées au développement durable, que sais-je... Parmi ceux là, l'exploration habitée de Mars peut être un beau projet. Néanmoins, je le vois comme une dimension plus large que la simple question d'exploration spatiale. Il faut, avant de décider d'un tel projet, le comparer avec d'autres initiatives d'intérêt général mondial pour choisir la meilleure. A titre personnel, je pense que c'est une superbe idée (d'où mon adhésion à l'Association Planète Mars d'ailleurs) car elle permettra des avancées significatives dans une foultitude de domaines médicaux, sociaux, techniques, recherches, etc. Il me semble que l'exploration habitée de Mars est faisable aujourd'hui d'un point de vue technique, mais beaucoup plus ardue d'un point de vue physiologique (cf le colloque co-organisé par APM et AAAF sur le sujet les 15 et 16 avril derniers). Plusieurs écueils majeurs sont à éviter : un tel projet ne peut se concevoir, une fois de plus, que comme une initiative à vocation "humanitaire", progrès partagés, coopération, etc.: Si ce devait n'être qu'une démonstration de puissance politique d'une nation, ce serait très néfaste et nous devrions nous y opposer; il est également impératif de concevoir un tel projet, dès le début, avec une contrainte de répartition harmonieuse de responsabilités auprès de tous les partenaires éventuels, et non seulement les traditionnels 3 ou 4. C'est une vision sans doute naïve et très théorique, mais Mars doit servir à l'amélioration de la condition de l'humanité. Beau programme !...

Pensez vous qu'exploration soit antinomique d'exploitation spatiale ?

Non, certainement pas, mais on ne peut pas envisager d'exploitation sans avoir défriché un domaine, donc exploration d'abord, exploitation ensuite.

 

Quelles sont les causes de la situation actuelle à propos des vols habités européens ?
Comme indiqué plus haut, c'est à mon avis une excellente situation : nous avons accès quand on veut ou à peu près via nos coopérations avec les russes et les américains ce qui permet d'optimiser le financement associé au vol habité

 

Que pourrait relancer l'idée de vol habité européen indépendant ?
Je ne sais pas, et je ne le souhaite à priori pas car ça correspondrait probablement à une situation de blocage politique gênante. Aujourd'hui nous avons une offre d'accès habité à l'espace supérieure à notre demande grace à la coopération avec les russes et les américains : quand on veut voler, on vole. Pour cette raison, la décision du développement d'un système européen autonome, non justifiable en terme de besoin technique, ne se justifierait que suivant un souci politique par définition antagoniste de nos coopérations actuelles. Nous ne le ferions que si nos coopération avec les Russes et les Américains avaient du plomb dans l'aile et qu'on cherchait à accroître notre autonomie politique. C'est ce que j'appelle une situation de blocage politique, c'est-à-dire l'arrêt de nos coopérations.

 

Que pensez-vous de l'exploration robotique ?
Fondamentale, mais certainement complémentaire de l'exploration habitée

 

Peut-on vraiment transformer l'ATV, ou son dérivé, en module de transfert pour des astronautes vers l'ISS ? Est-ce faisable facilement ?
Je ne crois pas que ce soit facile. Il est clair qu'il y a une forte commodité fonctionnelle et qu'on pourrait se servir d'un grand nombre de technologies mais ce serait un véhicule très différent. Tout ce qui est associé au transfert orbital, au rendez vous, aux communications voire une partie de l'ECLSS pourrait être repris et réarrangé, mais tout ce qui est spécifique au vol habité est à créer.

 

Comment vous positionnez vous dans un débat comme ''Moon First'' face à ''Mars First'' ?
Je ne pense pas qu'il soit souhaitable d'aller sur la Lune en premier si on vise Mars. Il est plus coûteux d'atterrir sur la Lune que sur Mars (grace à l'aérobraking), la pesanteur y est différente, il y a une atmosphère, la géologie est différente, ... Même pour s'entraîner en vue de Mars, je ne suis pas sûr que la Lune en vaille la chandelle.

 

Que pensez-vous de Mars Direct et de Robert Zubrin ?
Solution extrêmement élégante, qui plus est parfaitement simulable en labo sur Terre. Ce n’est pas gagné pour autant, car refaire un équivalent d' "Air Liquide" sur la surface de Mars pour produire quelques centaines de tonnes d'ergols est complexe, mais le gain potentiel dans la définition de la mission est tel que ça mérite d'être étudié en détails.

 

Que penser des priorités programmatiques édictées par le Conseil de l'Espace (Galileo, GMES, Science, etc.…) ?
Pas de commentaires particuliers, ces priorités me semblent tout à fait en phase avec la stratégie d'utilisation de l'espace.

Quelles évolutions envisager pour Ariane V ?

Il est important de stabiliser la configuration d'Ariane 5, surtout dans le contexte actuel de relative stagnation du marché des satellites commerciaux (tant en nombre qu'en taille). Il est donc sage de ne pas planifier nominalement d'évolution à moyen terme du lanceur. En revanche, prévenir c'est guérir, donc il est fondamental d'être prêts à réagir vis-à-vis de toute évolution non anticipée du marché et/ou de la concurrence. Pour cette raison, naturellement et comme c'est notre rôle régalien depuis toujours, nous préparons l'avenir en envisageant toute une série de modifications potentielles, tant au niveau performances qu'au niveau coût, mise en œuvre, opérations, ... Mais le principe est clairement d'avoir un catalogue de modifications dans lequel on peut puiser le cas échéant.

 

En tant que responsables des lanceurs futurs au CNES, quelles sont les grandes voies envisagées et sont elles réalisables rapidement (une dizaine d'année) ?
Comme indiqué précédemment, il est de notre devoir de disposer à tout instant d'une panoplie complète de solutions futures correctement évaluées (complexité technologique, contraintes politiques, coopérations, contraintes programmatiques, durée de développement, coûts, maintien des compétences industrielles, etc.). A ce titre, nous nous devons de maîtriser correctement tout l'horizon des lanceurs futurs, depuis les très petits jusqu'aux très gros, potentiellement réutilisables, potentiellement exotiques. Nos axes prioritaires aujourd'hui concernent surtout les gros lanceurs, type remplacement d'Ariane 5 à l'horizon 2020-2025 avec des lanceurs totalement (Everest), partiellement (Bargouzin) ou pas du tout (ELV-2020) réutilisables, ce qui répond globalement à la problématique dite NGL (Next Generation Launcher) abordée via pas mal de contrats nationaux, bilatéraux, ou ESA (FLPP). Une autre priorité claire aujourd'hui concerne la préparation de futur espace militaire européen, genre micro (150 kg) ou mini (500 kg) vers des orbites basses ou SSO (400 à 1000 km fortement inclinées), potentiellement réutilisables et reconfigurables.

 

Quelle corrélation entre l'ESA et le CNES ? Quel rôle pour la France dans l'Europe spatiale de demain ?
Les rôles respectifs de l'ESA et du CNES (ainsi que toute autre Agence Nationale d'ailleurs) me semblent clairs : l'ESA est l'exécutif en charge de la réalisation de certains gros programmes confiés par les agences nationales. De nombreux autres programmes se font en National seulement, voire en multilatéral au sein de l'Europe ou au niveau mondial. Il y a donc complémentarité (le budget du CNES est d'ailleurs également réparti entre les deux volets) et il n'y a, à mon avis, pas d'ambiguïté. Par ailleurs, au vu de la politique spatiale française et des budgets associés, la France continuera demain à être la (ou l'une des) puissance(s) majeure en Europe, force de proposition et de dynamisme.

 

Voyez-vous de nouvelles voies dans la propulsion ?
Il faut distinguer l'accès à l'orbite du transfert inter-orbital. Pour le premier, on a besoin de poussées très fortes pendant peu de temps : nous n'avons pas de perspectives d'améliorations significatives à moyen terme. La propulsion aérobie semble trop complexe, la propulsion nucléo-thermique n'est pas envisageable dans l'atmosphère, on a bien quelques idées d'amélioration d'ergols ou de cycles, mais globalement la propulsion chimique, et le LOX-LH2 notamment, va rester ce qu'on fait de mieux pour un moment. Le transfert inter-orbital, en revanche, fait l'objet de très nombreuses voies d'amélioration. La propulsion électrique, regroupant sous ce vocable une très large panoplie de solutions (arc-jets, électrostatique, MHD effet Hall, Attila, etc...) est très prometteuse. On parle beaucoup de propulsion nucléo-électrique, associée à des propulseurs électriques de forte poussée ; c'est certainement une voie obligatoire pour l'exploration lointaine, automatique ou habitée. D'autres concepts sont étudiés, peut être moins crédibles, comme la propulsion hélio-thermique, voire hélio-dynamique (voiles solaires matérielles ou immatérielles) ou les transferts par câbles, électrodynamiques ou à transfert de moment (tethers) ; bref, toute une gamme d'améliorations potentielles fort riche en cours d'éclosion

 

Comment solutionner à moyen ou long terme l'accès à l'orbite ?
Comme indiqué ci-dessus, je ne crois pas à une amélioration significative à moyen terme en ce qui concerne la première phase de vol, l'accès à l'orbite

 

Que pensez-vous de l'ascenseur spatial ?
Au premier degré, c'est une plaisanterie : la faisabilité technique est non démontrée, notamment sous l'aspect matériaux, transmission de l'énergie, tolérance à la rupture et risques de collisions avec les satellites et débris spatiaux ; l'intérêt global n'est pas démontré, ce système n'étant utilisable qu'en GEO ou au-delà (sous conditions de fenêtres de lancement assez complexes) et ne peut pas remplacer le lancement des satellites LEO, SSO ou MEO de plus c’est non utilisable pour du vol habité en raison de la lenteur de traversée des ceintures de radiation ; le ‘’business plan’’ reste à faire ; je n'y crois donc pas du tout.
Au second degré, en revanche, c'est remarquable comme vecteur de rêve, utopie sans être science fiction, très moteur pour les jeunes ; cela permet de mettre en valeur des travaux comme les nanotubes de Carbone ou la transmission d'énergie à distance, des boîtes se forment (et se défont) tous les jours aux US sur ce thème, un concours a été lancé sur les technologies d'ascenseur avec des démonstrations par étapes : on a besoin de tels rêves pour susciter l'engouement des jeunes (et plus ceux-ci me traiteront de vieux schnock incapable d'anticipation, mieux ce sera !...)

 

Quelles perspectives avec les Russes ?
Nous aimons bien coopérer avec nos amis russes : tailles de structures et budgets comparables, passés importants de part et d'autre, et surtout virginité identique en ce qui concerne les problèmes technologiques nouveaux relatifs aux lanceurs futurs (moteurs réutilisables, réservoirs nouvelle génération, structures innovantes, protections thermiques, etc...). De plus, notre coopération avec eux en matière de spatial remonte à la nuit des temps, avec une mention particulière aux groupes de travail lanceurs futurs depuis près de 5 ans. Il y a donc un accord global pour faire un peu de chemin ensemble, et plus si affinités !

Notamment sur le programme Oural ?

La concrétisation la plus visible de cette coopération est le programme Oural, concaténation de 5 projets (système, propulsion, structures, Pré-X et FLEX), gros programme impliquant une grosse part du tissu industriel européen et s'étalant sur 5 ou 6 ans au moins. Sa raison d'être est la réalisation de démonstrateurs technologiques visant à montrer notre maîtrise à l'horizon 2010-2015 de ce dont on pourrait avoir besoin dans le cadre NGL.

 

Quelles coopérations concrètes avec les Russes ?
La coopération avec les russes sur les lanceurs futurs est un a priori fort aujourd'hui, qui motive la dynamique Oural notamment. Maintenant, le développement en commun d'un NGL par exemple, dans 10 ans ou plus, sera bien sûr fonction d'accords bi-latéraux entre Russie et Europe, au moment ad-hoc.

 

Que pensez-vous de Klipper ?
Déjà, il n'y a pas un Klipper, mais plusieurs projets concurrents assez distincts, certains réutilisables, d'autres non, ailés ou pas... Cette initiative industrielle russe est logique, et fait suite aux nombreux projets d'amélioration des Soyouz. Reste à savoir pourquoi on jugerait nécessaire aujourd'hui d'améliorer Soyouz ! Le projet initial avait comme visée principale le tourisme spatial et la possibilité d'avoir des vols avec 4 ou 5 passagers payants ; c'est, à mon avis, ce qui explique le faible engouement de Rossaviakosmos à l'époque. L'annonce faite depuis de l'abandon de la Navette à l'horizon 2010 a remis le projet Klipper sur le devant de la scène, permettant de résoudre d'éventuels problèmes d'accès à l'ISS, voire de combler le gap avant l'arrivée du CEV. Pour cela, il faut que le Klipper soit utilisable par la NASA, donc ne pas se retrouver sous le coup des restrictions liées à l'Iran Act, d'où obligation de développer le Klipper en coopération internationale, ce qui explique l'insistance actuelle de nos amis russes sur le sujet. Néanmoins, il nous faut rester logiques avec nous-mêmes et bien peser les arguments pour et contre avant d'envisager une telle coopération.

Quel rôle doit prendre l'AAAF ?

Question facilement polémique : la vraie question est "à quoi sert l'AAAF ?" ; il faut impérativement que les membres comprennent pourquoi ils payent une cotisation, donc définir clairement la plus value de l'assoc. Il faut pour cela mettre à disposition des membres des informations ou des synthèses dont ils ne disposent pas par ailleurs (compte rendus de colloques, planches des présentations, Position Paper), mettre en place une banque de renseignements efficace (réseau organisé pour donner une réponse à toute question dans ces domaines), faciliter les contacts entre membres, notamment jeunes et référents, offrir un journal et un site attrayant, des réducs sur les colloques voire sur certains livres de référence, ... Ne pas oublier surtout que beaucoup de ces avantages sont directement accessibles sur simple mail vis-à-vis du CNES, de l'ESA ou des industriels majeurs. L'AAAF n'a pas, ou quasiment pas, de sélection à l'adhésion ; il n'y a donc aucune garantie que ses membres soient les références sur un sujet donné ; pour cela, la nouvelle notion de membres senior et/ou émérite est importante. Sur un sujet comme le vol habité ou l'exploration spatiale, l'AAAF pourrait se charger d'un ‘’Position Paper’’ de référence contenant les éléments factuels associés à cette initiative (contraintes mission, contraintes techniques, disponibilités technologiques, état de l'art, programmes en cours, aspects programmatiques) qui pourrait servir de base, référence naturelle de tout un chacun qui souhaiterait en savoir plus sur le sujet. En revanche, à ma connaissance, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il faut donc faire progresser notablement le rôle de l'AAAF dans un futur proche afin de lui restaurer le rôle de référence qu'il devrait avoir.

 

Interview de Christophe Bonnal par Nicolas Turcat (Président de la NSS France).

 

Christophe BONNAL est
Chef de Projet Senior - Lanceurs Futurs CNES - Direction des Lanceurs,
Rond Point de l'Espace - 91023 EVRY Cedex, France .


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NSSFRANCE @ 17:38

En 2018 sur la Lune ? Un défi politique.

 

L’Exploration System Architecture Study (ESAS) de la NASA vient de publier son rapport final : ses recommandations sont claires : aller sur la Lune avant la fin de la décennie suivante. Notre satellite naturel est donc visé pour 2018 avec une capsule type Apollo trois fois plus grande, et pouvant faire alunir 4 astronautes pendant 7 jours. Le lanceur Saturn V est remplacé par 2 lanceurs consommables : Un booster du STS d’ATK pour la capsule (avec un puissant étage supérieur adapté aux spécificités du vol habités : le CEV), et un lanceur lourd transformé pour l’occasion en cargo. A nouveau, ce dernier est dérivé du STS puisque les moteurs SSME sous le corps principal et les boosters latéraux feront le gros du travail dans les premières minutes du décollage. Notons que le cargo est séparé de l’équipage dans cette solution et que de nombreux arrimages seront requis pendant la mission. Evidemment, le mélange d’EOR et de LOR, la forme proche d’une capsule Apollo, ou la taille du lanceur lourd cargo proche de la Saturn ne peut nous empêcher de penser aux missions Apollo des années soixante. Définitivement, la solution de facilité semble avoir été choisie et tant mieux pour le succès potentiel de la mission. La mission est possible techniquement et budgétairement maintenant il ne reste plus qu’à s’assurer un soutien politique constant. M. Griffin, administrateur de la NASA, présente le projet comme le plus commode, le moins coûteux et surtout le plus sécurisé.

 

On notera quelques points : le véhicule dédié à l’équipage (CEV) devrait être capable de desservir la Station Spatiale Internationale en emportant, alors, 6 astronautes. Le véhicule cargo est un ‘’Shuttle derivated Vehicle’’, ainsi intègre-t’il un réservoir central identique au STS mais plus long, 5 moteurs SSME, et deux booster latéraux plus puissants (5 joints). Le véhicule dédié à l’équipage (CEV), dérivé d’un accélérateur à poudre SRB d’ATK sera réutilisable, le second étage de ce lanceur sera propulsé par un SSME (ou type J2S ?) afin d’injecter correctement la capsule sur son orbite. Le ‘’Command & Service Vehicle’’ possèdera des panneaux solaires et attendra (en automatique) en orbite autour de la Lune pendant la mission de 7 jours sur le satellite naturel de la Terre. L’alunisseur est encore mal défini selon M. Griffin en conférence de presse et le design reste très conceptuel, ainsi trouve-t’on un design proche du Lander d’Apollo ou du véhicule d’alunissage soviétique des années 60. L’atterrissage sur Terre se fera dans le désert californien près de la base d’Andrews, ce qui est une première pour les américains. L’influence russe a aussi fait son chemin au sein de la NASA. M. Griffin a aussi insisté sur l’utilisation des technologies déployées pour de futures missions vers Mars, il cita par ailleurs dans ce cadre, le lanceur lourd de 125 tonnes (106 tonnes LEO dans une première version), ou les technologies lunaires, ainsi que le CEV de l’équipage de 4 hommes. Néanmoins, nous noterons que le projet ne fait pas état, actuellement, d’installations fixes sur la Lune, ni de développements de structures futures sur cet astre. On peut pourtant évoquer un responsable de la NASA qui parle d’une mission purement américaine sur le Lune qui pourrait se transformer en coopération, une fois établie là haut. Politiquement, il est très concevable d’oublier de parler de structures fixes sur la Lune, en ce temps de restrictions budgétaires, afin d’éviter d’effrayer quelques farouches journalistes ou Hommes politiques. Cependant on peut regretter la justification un peu légère du projet : ‘’ Notre Président nous a fixé des buts’’. Dans la même veine, Keith Cowing de NasaWatch.com montre bien dans son billet du 21 septembre 2005 (NASA’s ESAS’ Rollout : Pretty Spaceships without Social Context) que la justification globale du projet est trop succincte pour convaincre. De plus le même auteur met en exergue la mauvaise gestion de l’annonce par la NASA dans un contexte social et politique très lourd aux USA. Le projet est pourtant décrit comme réaliste par tous les experts puisqu’il ne semble pas nécessiter pas de hausse de budgets. Le projet est estimé à 104 milliards de dollars, ce qui représenterait 55% du coût d’Apollo en dollar constant. L’utilisation de technologies modernes dérivées du Shuttle additionnées aux améliorations électroniques et informatiques, et d’une architecture type Apollo est, au final, assez impressionnante. Au sein de la NSS France, nous ne pouvons que soutenir le projet présenté, féliciter la NASA pour son travail et espérer que les Européens s’intègrent au mieux à la mission en participant directement, ou pas, à ces développements futurs.

 

    Il faut aussi discerner les réactions des différents acteurs politiques américains, car si présenter un projet est une chose, le concrétiser en est une autre. Les médias français et américains ont remarqué que le projet coûtait le même prix que la reconstruction de la ville de la Nouvelle Orléans suite au passage désastreux de l’ouragan Katrina et qu’il n’était pas judicieux de présenter un projet comme celui-ci à un tel moment. La réponse de M. Griffin est sans appel : ‘’Avant tout, je souhaite rappeler que l’alunissage n’est prévu que pour 2018, il y a aura encore des centaines d’ouragans et de désastres naturels jusqu’en 2018(…) mais le programme spatial américain est un investissement à long terme pour le futur, nous devons faire avec les contingences du court terme sans tuer les ambitions du long terme ; lorsque nous avons un ouragan, nous n’arrêtons pas l’Air Force, ni ne supprimons la Navy donc nous n’annulerons pas la NASA.’’. Si la forme n’est pas la plus claire qu’il soit, le contenu des propos tenus par Mike Griffin est finalement assez traditionnel pour l’agence américaine mais quelque peu hors de propos politiques. Alors que certaines sources font état d’un éventuel ‘’extra’’ budgétaire à fournir pour accomplir le projet (4,8 milliards de dollars avant 2010), Mike Griffin tint à insister sur le fait que le projet restait dans la droite ligne budgétaire autorisée par le Congrès et la Maison Blanche, si le budget NASA reste constant. Pourtant, on peut souligner le fait que la NASA n’a pas demandé des fonds supplémentaires à l’Office of Management & Budget (OMB) pour le projet spatial, ici, décrit mais semble l’avoir fait pour Hubble, Return To Flight (RTF) et l’ISS. Notons que le budget de la NASA de 16,4 milliards de dollar est en hausse pour l’année 2005. Enfin, lors des séances de questions par les journalistes, remarquons que Mike Griffin n’a pas pu répondre à une journaliste de l’AP lui posant la question de la date de l’atterrissage sur Mars. Est ce que la date de 2030, évoquée en janvier 2004, serait toujours à l’ordre du jour ? Par ailleurs, les journalistes firent état de différences de vision concernant les financements du projet entre l’OMB et la NASA, ainsi que du problème du creux entre 2010 et 2012 pour les lancements vers l’ISS. Le problème du ‘’gap’’ entre la fin des navettes et le début du CEV ne semble pas faire peur à Mike Griffin qui parle de coopérations avec les russes (Klipper sera censé être prêt pour 2010-2014 …).

 

    Enfin nous pourrions rappeler les autres réactions notamment d’une partie de la communauté scientifique qui s’exprimait, un peu hâtivement, pour signaler que ce projet était un ‘’projet de pur marketing’’ digne de la NASA avec l’intervention de l’astrophysicien James Lequeux sur la radio Europe 1 le 20 septembre. Notons (et ceci est l’opinion seule de l’auteur de ces lignes) qu’un grand nombre d’acteurs de cette communauté scientifique a un coté très conservateur et profondément corporatiste dès qu’il s’agit de parler politique spatiale. Les aspects économiques, visionnaires, stratégiques, politiques, ou même scientifiques indirects (pensons aux retombées scientifiques des missions lunaires des années 60…) les dépassent complètement. Insistons aussi que la NASA, ces derniers jours a communiqué que la Science et l’aéronautique au sein de l’agence ne seront aucunement déshabillées pour habiller les vols habités (1/3 du budget) : ‘’par un dîme ne sera supprimé à la Science’’ disait Mike Griffin. S’il est vrai que l’affaire STS 114 a provoqué de nombreux questionnements et doutes parmi les acteurs du spatial, et s’il est exact que les USA envisagent une Station Spatiale réduite à 16 missions (au lieu de 28), il ne s’agit pas de tirer sur un projet à peine monté. Ces derniers temps, la NASA a pu montrer, dans un certain sens, qu’elle avait mal su gérer le programme navette et le retour en vol de ces dernières (fin 2006 est désormais évoqué à Washington DC !), nous espérons qu’elle saura administrer un projet qui remet les cartes sur tables et repart presque à zéro. Lorsque l’on est leader sur un secteur, on se doit d’assumer sa position et respecter ses engagements : ce qui risque de ne pas être le cas pour la Station Spatiale internationale. Alors que les nombreux spécialistes du spatial disent du CEV que c’est ‘’véhicule simple et autoéquilibré’’ (Le Monde - M. Augereau), les mauvaises langues commencent à parler d’un mauvais timing pour l’annonce du projet (Katrina, Rita, la guerre en Irak…) et certains hommes politiques américains évoquent l’annulation purement et simplement de la mission.

 

    Coté politique américain, l’annonce de l’ESAS a troublé les hommes du sérail au Congrès. Alors que les Etats-Unis, et l’administration républicaine américaine sont sous le coup des critiques pour l’affaire de Katrina, les remous politiques autour de la NASA, de l’OMB ou même de la Maison Blanche risquent d’être fatals au projet. Ainsi le 21 septembre 2005, le New York Times annonçait que des Républicains conservateurs de la House travaillaient sur un projet (Opération Offset) qui vise à compenser les coûts de reconstruction dus à l’ouragan Katrina. Ces représentants ont établi mardi 20 septembre une liste de programmes fédéraux à supprimer, retarder ou annuler en vue de gagner 500 milliards de dollars sur 10 ans. Outre la nouvelle prescription de médicament couvert par le Médicare pour l’année prochaine (31 milliards de dollars : Medicare Prescription Drug Benefit), l’effort d’entretien des transport prévu pour l’année prochaine, notamment à Houston (25 milliards de dollars) à supprimer ; le projet de la NASA, annoncé lundi, pourrait être lui aussi supprimé, purement et simplement, si les conseils de ce groupe de travail Républicain (représentants des intérêts d’avocats du sud des USA) étaient suivis : ceci permettrait de gagner 44 milliards de dollars selon le rapport. Dans le même genre, ils envisagent aussi de faire payer le parking aux voitures des employés fédéraux pour gagner 1,5 milliards de dollars. Au sein de cette même majorité républicaine au Congrès, M. Tom DeLay (Rep. Texas) fit paraître un communiqué de presse s’opposant à cette manœuvre structurel de son propre parti. L’opération Offset tend aussi à démontrer politiquement que les républicains peuvent trouver les ressources financières pour assurer la reconstruction sans lever de nouvelles taxes. Des sources proches de l’OMB veulent dans le même temps calmer le jeu, en rappelant que rien n’est décidé et que ce n’est qu’un groupe de travail d’avocats en charge de la reconstruction qui ne font que proposer des solutions aux représentants Républicains. Si politiquement, il serait difficile de revenir sur une partie du Medicare ou sur les transports (intérêt républicains immédiats, notamment dans le sud des Etats-Unis de Tom DeLay), le plan spatial de la NASA peut sauter beaucoup plus facilement. Si le sénateur Kay Hutchinson (Rep. Texas – Président du Commerce Subcommittee on Science and Space) a applaudi l’annonce de l’ESAS par la NASA, le sénateur républicain New Yorkais Sherwood Boehlert (président la House Science Committee) insista sur le fait que le Congrès ne pouvait pas augmenter les fonds alloués au programme CEV tant que l’Administration et le Congrès n’avaient pas décidé si une levée de fonds supplémentaires était réellement nécessaire (du en partie à cause du programme RTF). Le Représentant Républicain Ken Calvert de Californie (Co-Président du Space and Aeronautics Subcommittee on the House Science Committee) souligna le fait que la conquête spatiale se faisait dans le cadre dynamique de la concurrence internationale et cita les ambitions chinoises en la matière. M. Calvert ajouta aussi qu’il ne pensait pas que le coût soit prohibitif et que l’exploration de l’Espace est un investissement dans l’économie et l’Education américaine. Vous l’avez compris, dès qu’il s’agit de parler de budgets, les décideurs politiques prennent des gants et souhaitent rester dans le cadre de l’accord tacite entre l’OMB, la NASA et la Maison Blanche concernant l’évolution du budget de l’agence.

 

    Pour conclure cet édito, il faudra insister sur la nécessité absolue d’un soutien politique fort de la part de la majorité au Congrès si le projet veut aboutir. Les risques sont plus grands que jamais d’autant plus que le contexte de la Louisiane rend la situation politique pour cette majorité très périlleuse dans la perspective des élections de mi-mandat du Congrès prévues pour l’année prochaine. Le faux pas politique guette donc le projet. Notons aussi que les aspects scientifiques n’ont pas, ou peu, été traités dans cette architecture-type et qu’un effort de communication serait le bienvenu si la NASA veut faire taire les mauvaises langues qui parlent de ‘’brochure touristique’’ à propos du rapport de l‘ESAS. Le zoom excessif du projet sur la Lune peut aussi être à déplorer dans la perspective de la conquête de Mars. Si l’approche technique est minimaliste mais suffisante pour faire démarrer le projet dans des conditions financières correctes, il faudra définir au mieux les projets à long terme, et exprimer politiquement les raisons d’installer des Hommes sur la Lune ou de lancer des missions d’exploration vers Mars. La justification politique du projet est à l’heure actuelle nulle et il faudra trouver une parade à ce défaut de naissance. Le coté ‘’Glam’’’ du CEV ou du ‘’Moon Lander’’ ne suffira pas justifier très longtemps 104 milliards de dollars… Le jeu politique washingtonien risques de tourner au jeu de massacre dans le prochains mois pour l’administration Bush si les raisons de retourner sur la Lune ne sont pas exprimées plus clairement ; si tel n’est pas le cas, le projet tombera, à coup sur, à l’eau. Le problème irakien, venant s’ajouter à la mauvaise gestion de l’ouragan Katrina, les difficultés de la NASA à gérer le Retour en vol de la navette, ou de la suppression, même temporaire, de certaines aides comme des pans entiers du Medicare vont poser de sérieux problèmes électoraux aux Républicains aux élections de mi-mandat de 2006. Politiquement il faut donc rapidement justifier l’ESAS et le projet d’exploration spatiale auprès du peuple américain : un gros travail de communication politique sérieux doit être débuté dès aujourd’hui. Face à cette situation américaine, à nouveau instable, l’Europe doit trouver une solution convenable afin de définir sa posture notamment sur des sujets comme l’ISS ou l’exploration.

 

Nous payons désormais, au prix fort, le prix de notre dépendance spatiale avec Etats-Unis avec le retard des vols navettes (premières missions vers l’ISS, début 2007 ?) et les problèmes de livraisons pour l’ISS : 16 au lieu de 28 pour la compléter… Le prochain conseil ministériel de l’ESA devra émettre des propositions concrètes et rapides pour solutionner cette dépendance qui est préjudiciable à nos travaux scientifiques. Alors que les enjeux stratégiques entre les USA et l’Europe voient le jour régulièrement, nous pensons qu’il pourrait être utile de proposer, par exemple, un plan commun avec les russes et les européens volontaires de finalisation de l’ISS, de proposer une coopération critique avec les Américains dans la perspective de la Lune en 2018 ou de proposer l’établissement rapide d’un groupe de travail au sein de l’ESA qui réfléchisse à l’opportunité qui nous est présentée de profiter de la situation US afin d’avancer ses pions sur l’échiquier spatial. Politiquement, profiter d’une situation n’a rien de choquant, mais l’intérêt direct de l’Europe spatiale peut ici se jouer facilement et se justifier encore plus. Si comme Patrick Baudry sur LCI, mercredi 21 septembre (Question d’Actu de Jean-François Rabilloud), nous pensons que ‘’l’Europe a le savoir faire technique et les capacité financières pour aller sur la lune, il manque l’autorité politique pour accomplir la mission’’, un travail politique au niveau européen doit être fait. Toujours dans cette émission, Patrick Baudry, reprenant l’exemple de Jean-François Clervoy, compara la politique spatiale US à l’européenne en mettant en valeur le choix politique et stratégique fait par les Etats-Unis : alors que les citoyens américains mettent l’équivalent de 25$ par an dans les vols habités, les Européens ne mettent que 1,5$, c’est donc bien selon Patrick Baudry, ‘’un choix politique qui fit devenir, en partie, les Etats-Unis, la première puissance au monde’’. L’Europe a tout à gagner à s’insérer judicieusement dans ce jeu stratégique spatial. Il faudra aussi lors du prochain conseil ministériel débattre sérieusement et concrètement pour adapter la posture européenne face à la situation américaine. Nous l’avons déjà dit : l’heure des choix a sonné et il est temps de passer aux choses concrètes pour l’Europe spatiale. L’autorité politique manque en Europe et la gouvernance politique d’un programme comme celui-ci est la clé du succès de ce genre de projet, c’est bien ici la faiblesse européenne qu’il faut pallier rapidement. A nouveau une bonne dose de courage politique sera requise !

 

Nicolas Turcat
Président de la NSS France.


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NSSFRANCE @ 12:06

21 septembre 2005

Grands programmes ?

Il est rare que j'aborde des sujets connexes à l'Europe spatiale, mais je tenais à vous faire partager ce papier de l'Institut Montaigne de M. Claude Bébéar. Le colloque, organisé par son think tank Institut Montaigne, porta sur '' les grands programmes font-ils les grandes inventions ?'' le 20 septembre dernier.

 

Voici donc le pitch de la conférence  : '' Comment doper la recherche et relancer l’innovation, génératrices de croissance et créatrices d’emplois ? La France opte traditionnellement pour de vastes projets de recherche appliquée, pharaoniques tant par la taille des équipes que par les moyens engagés. Le souci légitime de résultats rapides et concrets en vient à éclipser l’importance de la recherche fondamentale et l’exigence d’une allocation parcimonieuse des crédits publics. Les mesures annoncées au printemps 2005 (nouvelles agences, grands programmes) s’inscrivent dans cette logique. Mais est-elle la bonne ? Pas si sûr… Pariez sur la recherche fondamentale, sélectionnez des équipes restreintes, allouez-leur des moyens modestes pour l’État mais considérables pour elles et voyez comment de « petits » projets débouchent souvent sur des idées nouvelles, de grandes réalisations voire des ruptures technologiques majeures''.

 

Dans le papier corrélatif à la conférence et préparant cette dernière, daté du mois d'août ''Amicus Curiae'', l'exception française est loin d'etre exempte de défaut : beaucoup d'agences (agence pour l'innovation industrielles ou l'agence nationale de la recherche), de grands organismes de recherches généralistes ou sectoriels comme le CNES ou l'ONERA dans le domaine qui nous interresse, une marginalisation complète de nos universités. Selon le ''position paper'', le Ministère de la Recherche est désormais incapable de prendre des risques ou même de gérer à temps les opportunités de recherches innnovantes. D'emblée, le papier de l'Institut Montaigne évoque l'impossibilité réaliste de faire une ''révolution'' mais plutôt une réforme de l'intérieur en tenant compte des contingences politiques et financières. L'Institut Montaigne déplore aussi la recherche orientée ou la recheche purement technologique dans la mesure où elles sont facilement faisables et déjà en cours; le papier entend alors remettre en avant la Recherche fondamentale. Se fondant sur le fait que les grandes découvertes ou ruptures technologiques n'ont pas été orientées mais trouvées accidentelement ou étant le fruit d'une recherche fondamentale poussée.

 

Ainsi l'Insititut propose de parier sur la recherche fondamentale et des équipes restreintes avec un programme dit ''rouge''. Ce programme rouge comprendrait 100 équipes en sciences dures et 50 en sciences humaines et sociales dans le cadre de l'agence national pour la Recherche. Les équipes selectionnées, en plus de leur propre financement déjà en cours, auraient une dotation financière substantielle répartie sur 3 ans. Ainsi une équipe en sciences dures pourrait se voir doter de 300.000 euro par ans pendant 3 ans, et une équipe en sciences sociales de 100000 euro par an pendant la même période. Le total ferait un engagement pour les finances publiques de 35 millions d'euro par an, soit 105 millions sur 3 ans, ce qui serait raisonnable si on les compare aux 700 millions de dotations sur 3 ans de l'Agence nationale de la Recherche ou aux 2 milliards d'euros pour l'Agence de l'Innovation Industrielle déjà engagés. Ce budget de 35 millions d'euros devrait etre imputé à l'Agence nationale pour la Recherche et serait le complément au traditionel programme ''blanc'' (déjà 202 millions d'euro) de l'agence qui lui sélectionne les équipes de recherche et les travaux à faire (donc = recherche trop orientée) par des groupes d'experts. Notons que les 150 équipes du programmes rouges serait selectionnées en 3 mois à l'initiative du DG du CNRS et de l'INSERM, déjà compétents. C'est donc bien une mesure rapide et d'ugence constituée d'équipes déja habituées à travailler ensemble et cohérente dans ses travaux. Les resultats des travaux seront évalués a posteriori au cours de la 3ème année.

 

L'avantage de cette stratégie est qu'elle évite la creation de structures nouvelles, elle permet aussi d'accélerer les projets en cours ou d'emprunter de nouvelles pistes de recherches abordant des sujets nouveaux. Cette stratégie selon l'Institut Montaigne semble s'intégrer au mieux dans le cadre de la politique gouvernementale de développement des poles de compétitivité. C'est donc bien mesure concrète et opératoire que nous propose ici l'Institut de Claude Bébéar face à l'agence pour l'innovation industrielles de Jean-Louis Beffa encore balbutiante. La démarche est intéressante et, au dela du titre de la conférence un peu polémique, met en avant la necessité absolue de conserver une recherche fondamentale de qualité dynamique et hors contrainte financière trop stricte en Europe et en France. La stratégie empruntée m'a semblée interessante pour etre soulignée.

 

le lien de l'institut Montaigne : ici

 

A réfléchir pour la politique spatiale européenne ...

 

Nicolas Turcat


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NSSFRANCE @ 23:49

23 août 2005

Un rêve pour l'Europe !

A l’heure du décollage, et de la réparation en vol de la navette spatiale américaine en direction de l’ISS avec à son bord le module Raffaello de l’agence spatiale italienne, il est temps de faire un bilan de la politique spatiale européenne ces six derniers mois. Si le retour d’Ariane V en version lourde est assuré depuis la fin de cet hiver, son avenir à long terme ne l’est pas pour autant. L’Europe se pose encore des questions sur les intérêts de l’exploration et l’exploitation de l’espace par l’Homme. Le seul réel argument affiché étant les budgets européens qui ne plaident pas en faveur de quelques ambitions. Les Etats-Unis semblent avoir dépassé ce stade pour se consacrer pleinement à leur initiative spatiale lancée en 2004 par le Président Bush. M. Griffin, nouvel administrateur de la NASA, semble vouloir faire avancer les choses, quitte à presser le pas d’ici 2010. Les choix qui seront faits pourront être discutables mais ils auront au moins le mérite d’exister! Ce qui est loin d’être le cas sur notre continent. Pour cela on peut analyser les six derniers mois en traitant 5 sujets principaux nous concernant : les vols habités sont-ils toujours utiles ? si non, à quel profit ? les idées de François Auque d’EADS ST, les problèmes politiques plus généraux de l’Union Européenne, le programme spatial européen envisagé par le conseil de l’espace en juin 2005, et enfin une initiative spatiale européenne qui donnerait une nouvelle dimension plus citoyenne à l’Europe.

Pour revenir rapidement sur ce début d’année 2005, il aura été celui du doute et du questionnement permanent. Doute, avant tout, car, l’avenir de l’Ariane V en 2010 a été mis en joug par Jacques Serris (du ministère de la Recherche) si le lanceur européen n’était toujours pas rentable d’ici là. Si beaucoup de spécialistes ont condamné de tels propos outranciers et volontairement provocateurs, c’est justement le dernier point qui nous intéresse. La provocation faite sur ce point est révélatrice d’un véritable malaise au sein du milieu spatial européen. Depuis fin 1993, en Europe, on ne parle plus ‘’d’autonomie d’accès à l’espace habité’’, et c’est bien là notre problème ! Il est évident qu’au sein de la NSS France nous pensons que l’acquisition, la maîtrise et l’utilisation d’un lanceur moyen/lourd comme Ariane V est nécessaire voir fondamentale à toute politique spatiale indépendante de l’Europe : C’est l’étape indispensable pour toutes autres politiques spatiales crédibles. Et cet état de fait sine qua none n’a pas de prix ! Evidemment, soyons réalistes, si nous comprenons que ce lanceur soit rendu le plus rentable possible, nous entendons aussi en faire un vecteur stratégique fort du phénomène Europe puissance. Le lanceur Ariane V ne doit pas à tous prix être rendu rentable, mais il nous doit être utile et servir comme outil de la puissance spatiale européenne C’est aussi un instrument politique fort en faveur d’une Europe unie et ambitieuse. Sachons en faire un argument positif pour faire évoluer les choses à partir de maintenant. Dans la même perspective, nous avons vu apparaître le rapport de Dominique Mailhot et François Michel (Nov. 2004) intitulé ’’de l’utilité de l’effort spatial’’. L’aspect stratégique du secteur spatial est remarquablement bien mis en avant dans ce rapport cependant les retombées scientifiques et technologiques sont complètement sous-estimées pour ne pas dire niées… Certes, c’est du ‘’classique de l’anti-Homme dans l’espace’’ que nous servent avec plus de 10 ans de retard les auteurs de ce rapport. Les vols habités sont selon les auteurs coûteux et inutiles et grèveraient les budgets scientifiques de l’Europe. Les auteurs prônent une orientation militaire et sécuritaire du secteur spatial. Selon eux les applications civiles ne seraient utiles que si elles sont impulsées par des applications militaires innovantes. Si la langue de bois n’est pas tenue dans ce rapport (notamment les choix politiques de maintien de filière), ce rapport est encore un exemple de ce qu’il ne faut pas faire : des choix catégoriques. Au moment où l’Europe des 25 choisit sa future politique spatiale (cf. plus loin), aucun choix restrictif ne doit être fait. Ainsi, nous répondrons que l’Europe se DOIT de posséder une filière Ariane, se DOIT de continuer ses vols habités vers l’ISS, se DOIT d’essayer de rentabiliser les retombées technologiques et scientifiques de l’Espace ! L’Europe du 21ème siècle ne sera pas cantonnée à tel ou tel secteur. Imaginons plutôt une Europe qui investisse dans les vols habités, dans de nouveaux lanceurs, dans le spatial militaire et aussi dans les applications civils et scientifiques. Nous croyons que l’Europe innovante et gagnante sera celle qui investit dans tous ces secteurs à la fois. Il n’y pas de choix drastiques et budgétés à faire, il n’y a qu’une ambition à dessiner. Cette logique purement monétariste qui veut que les instruments fondamentaux et innovants de sa propre politique d’avenir soient rentables immédiatement est suicidaire pour la décennie européenne à venir. Alors que les grandes nations investissent à fond perdu dans la Recherche et Développement/Technologie, l’Europe fait des choix qui risquent de l’amputer de ces ambitions à venir. Nous n’avons plus de choix. Des choix politiques massifs en faveur de l’innovation réelle sont à faire en Europe : ils concernent autant les applications de l’espace dédiées aux civils ou aux scientifiques, que les vols habités, le maintien et l’utilisation profitable du lanceur européen, ou l’espace militaire et stratégique européen. L’innovation sera globale et comprendra tous les domaines ayant un rapport avec l’espace en Europe. L’Union européenne s’est construite à travers de nombreux projets concrets et devra le faire ces prochaines années sans se restreindre des domaines prétendument coûteux où les autres puissances investissent massivement. Pas de mimétisme stratégique, juste un investissement fondamental dans des secteurs qui nous permettront de développer de très nombreux potentiels d’activités européens !

Nous avons pu aussi entendre sur ce point depuis le début de l’année 2005, François Auque, DG d’EADS ST, qui n’hésita pas à donner bruyamment son point de vue sur la politique spatiale européenne et ses enjeux pour les années à venir. Commenté positivement dans Air et Cosmos, François Auque s’est exprimé sur ce sujet dans Le Monde ou lors de la Réunion de la fondation Robert Schuman en juin 2005. A contre courant de la pensée dominante qui tend à se congratuler les uns les autres pour ses actions ‘’remarquables’’, François Auque nous fit part de ses préoccupations concrètes pour l’avenir de la politique spatiale européenne (un peu comme le fit M. Busquin, ex commissaire européen lors de cette même réunion). Partant du principe qu’il n’existe pas ou peu de marché commercial, l’espace est désormais, et avant tout, un enjeu institutionnel : donc stratégique. Or l’espace européen est selon lui en crise : il y aurait une fragmentation des industries spatiales européenne, une renationalisations des politiques d’agences spatiales (cf. CNES, DLR ou l’Italie). Toujours selon M. Auque, avis que nous partageons, L’Europe passerait bientôt en ‘’seconde division’’ à cette vitesse. Les pays émergeants d’hier nous domineront demain puisque leurs ambitions rattrapent désormais les nôtres. Il fait aussi le constat que le soutien politique et la compréhension politique du secteur spatial sont insuffisants sur notre continent. La France, jadis ‘’machine à tracter’’ l’Europe, s’essouffle et ne parle plus que budgets ! Il dressa aussi un constat dramatique du segment spatial militaire stratégique où le fossé technologique avec nos alliés ne fait que s’agrandir. Plus préoccupant pour la NSS France est la question de ce que l’Europe fait pour se préparer à l’avenir. Selon M. Auque, les palabres européennes concernant l’espace ne permettent pas de conserver le niveau technologique requis pour s’assurer le secteur de façon stratégique. Ce point est crucial dans une perspective de politiques d’avenir Les programmes de développement devraient être lancés sur de multiples domaines du spatial européen (lanceurs, démonstrateur, etc.). Alors que les Etats-Unis préparent les lanceurs du futur avec 1 milliard de $ par an, nous préparons les mêmes lanceurs avec 20 millions d’euros … il faut selon M. Auque impérativement lancer des développements technologiques pour pouvoir même maintenir les compétences adéquates à toutes politiques spatiales européennes ! Selon lui, il faut aussi que l’Europe mette en œuvre une véritable politique d’exploration spatiale. Il faut savoir si l’on veut ou pas que l’Europe ait la capacité de mettre l’Homme dans l’Espace par ses propres moyens. C’est ici selon M. Auque la différence entre la seconde et la première division … Il insista lourdement pour expliquer que c’était en Europe un thème tabou mais un réel sujet qui méritait une très sérieuse réflexion ! Nous saluons ici les positions constructives de M. Auque sur ce sujet. (D’autant qu’il cita les différents atouts spatiaux que nous avons déjà : Ariane V et l’ATV, plus toutes les études préparatoires). Il finit son discours à la conférence ‘’Vers une nouvelle Europe spatiale’’ de la Fondation Robert Schuman par dire que l’avenir de l’Europe spatiale incluait des choix de société : Les grandes civilisations s’effaçaient toujours à un moment et passaient la main à d’autres naissantes. M. Auque termina avec ces mots : ‘’je n’ai pas envie de passer la main !’’. M. Plattard dans les questions à M. Auque insista sur le fait que le but était finalement de passer à la vitesse supérieure et M. Busquin fit remarquer qu’il fallait trouver une solution pour ce sujet fondamental pour l’avenir de l’Europe. En effet 8% du budget européen est consacré aux politiques dites d’avenir contre 44% à la vieillissante et controversée PAC (faut-il passer à 25% pour les politiques d’avenir comme le rapport Sapir le laisse entendre ?).

Outre ces propos exemplaires de M. Auque, que nous saluons encore, la politique européenne prit un sens particulièrement paradoxal ces derniers mois. Alors que le Non français sonna le glas de la Constitution Européenne, l’arrivée de M. de Villepin au gouvernement français ne changea pas grand-chose à la situation politique dramatique de l’Europe cet été 2005. Le vote du budget européen pour le prochain échéancier tourna court et l’arrivée des Anglais en juillet à la tête de la présidence européenne ne fit qu’envenimer une situation de crise remarquée par tous les commentateurs politiques européens. M. Busquin lors de la Conférence Robert Schuman fit remarquer le manque d’ambition dans les attributions du budget européen. Nous pourrions aussi souligner le manque d’ambitions de la France à vouloir conserver à tous prix ses avantages acquis sur de vieilles politiques agricoles et à ne pas investir assez dans l’Europe de l’innovation. Des solutions politiques sont à trouver très rapidement. De réelles et nouvelles tendances politiques et économiques sont à attendre de la part de l’Union européenne afin de placer cette dernière dans une perspective stratégique. Nous croyons que l’Europe se doit d’être à l’avant-garde de nos ambitions politiques, stratégiques et économiques, au-delà même des politiques nationales. Dans ce cadre, une politique spatiale habitée indépendante et ambitieuse doit être un vecteur de relance au profit même de l’Union européenne.

Alors même que la situation politique européenne ne faisait qu’empirer ces derniers mois, le second conseil espace de l’Europe s’est réuni à Luxembourg le 7 juin 2005 à la suite de la parution des éléments préliminaires (fruit de la commission commune ESA-UE) qui nous ont servi à rédiger cet édito. Très classique dans ses résolutions, le conseil espace de l’Europe était censé élaborer la base d’une politique spatiale européenne plus ambitieuse. Le but étant de développer des systèmes spatiaux pour répondre aux besoins des utilisateurs. L’Union devrait identifier ces besoins et les accompagner d’une volonté politique (cf. Air et Cosmos n°1987 pages 144-145 pour plus de détails). Connaissant le credo de la Commission depuis quelques mois, nous nous permettons de donner là aussi notre avis sur ces éléments préparatoires et d’en justifier les choix. Outre la critique que nous pourrions adresser à la volonté politique de rendre l’espace rentable, nous pensons qu’il faudrait reclasser les priorités édictées par le ‘’Conseil Espace’’. En réalité il faudrait remonter et ajouter deux principales priorités à celles déjà citées par le rapport de la Commission Européenne (qui nous le rappelons brièvement sont : Galileo, GMES, technologies de communication – l’exploration robotique et humaine venant en toute fin – page 9 du rapport sec 2005, 664). Ainsi nous rajouterions et rehausserions les priorités suivantes: - 1 - un programme spatial habité autonome conduit par l’ESA et aux profit (et grâce aux soutiens) des agences nationales ; - 2 - Une Vision future de l’innovation spatiale qui se traduirait par des programmes technologiques, scientifiques ou de recherches innovants qui soutiendraient toutes les autres priorités de l’Union européenne (énoncées par la suite). Ces deux priorités que nous rajouterions, permettraient de donner une nouvelle dimension à la politique spatiale européenne et d’inscrire cette dernière dans cette fameuse perspective ‘’gagnante’’ et stratégique propre au 21ème siècle ! Mais vous comprenez bien que des choix politiques plus généraux s’imposent dès lors et pourraient concerner d’autres politiques sectorielles de l’Europe. Faut il encore investir dans l’agriculture ? Faut il investir plus que 8% dans les politiques d’innovations européennes ? Il faudra aussi répondre à ces questions d’ordre plus général. La compétitivité ne peut pas être, en elle-même, une priorité finie et absolue de la politique européenne ! La compétitivité s’acquiert grâce à des investissements intelligents qui déclenchent un phénomène de retour qui nous rend alors, plus compétitifs. En matière d’innovation technologique, la compétitivité ne s’acquiert pas en un coup de baguette magique ! Ainsi l’UE pour sa propre survie face aux prochains géants économique mondiaux devrait être guidée, en matière de politique spatiale, par le rêve, la stratégie, et l’économie.

Expliquons-nous un instant : L’Europe ne fait plus rêver : c’est le constat que l’on peut dresser au lendemain du 29 mai - Alors que l’Europe investisse là où le rêve subsiste : l’espace ! Il suffit encore de voir le nombre de connexions sur les sites web de la NASA ou de l’ESA alors que STS est en mission ! Les chaînes TV d’info en continu ont toutes faites des directs pour le décollage et l’atterrissage dramatique de STS 114. Alors imaginons cela à l’échelle européenne ! Le jour où l’Europe, par ses propres moyens, enverra un Homme dans l’espace, une dimension supranationale et une prise de conscience européenne naîtront véritablement dans nos cœurs d’européens (unis derrière un projet plus grand que nos simples désaccords politiques).

Il nous faut aussi être conscient que l’espace concerne des domaines stratégiques qu’ils soient civils ou militaires. La compréhension de l’utilisation massive des systèmes spatiaux dans le cadre d’une stratégie européenne plus globale devra être acquise ces prochaines années. Ici se situe aussi l’espace au service des citoyens qui ne peut être une priorité en soit, mais le fruit d’un ensemble de politiques spatiales européennes.

Enfin il faut remarquer, et nous ne le répéterons jamais assez, que l’espace est un formidable levier économique, tout comme l’innovation technologique et la R&D en générale. Le développement des activités spatiales européennes et particulièrement les vols habités sont un but qui doit nous pousser à être plus ambitieux, c’est aussi un formidable investissement illimité qui nous créera de nouveaux potentiels d’activités pour l’Europe et nous ouvrira par conséquent de nouvelles sphères économiques plus larges. Ce dernier point est fondamental dans la dictée d’une politique spatiale européenne novatrice – les vols habités concentrent alors tous ces avantages.

Il faudra savoir tirer les leçons du 29 mai et de ses conséquences en Europe. L’Europe ne fait plus rêver, elle est désormais représenter comme une machine bureaucratique abstraite et ultralibérale qui n’a comme but unique de vouloir supprimer des emplois au profit de quelques marchands bruxellois ... C’est une caricature horrible mais si communément acceptée, notamment par la Jeunesse, qu’elle influa le vote du referendum du 29 mai. L’Europe doit désormais montrer autres choses que des rapports, ses budgets, ses chiffres, des administrateurs, ou des bureaux à Bruxelles. La dimension utopique du rêve européen doit être ravivée grâce à des projets communs ambitieux qui nous inscriront d’emblée dans le siècle suivant. Les vols habités peuvent être un de ces projets porteur d’avenir et d’ambition. Au delà même de l’intérêt des vols habités, la composante spatiale européenne induite inscrira, au premier plan, notre continent dans le nouveau jeu économique mondial. Nous avons envie de croire en une Europe où le rêve commun de bâtir un projet à l’échelle de notre continent est plus fort que de vieilles querelles sur telles ou telles politiques ou taux d’inflation… Si le déficit de communication de l’Union Européenne a comme le résultat indirect le 29 mai, autant que l’UE investisse dans des projets porteurs des valeurs communes de l’Union et que ces projets concrets servent véritablement de ‘’budgets communications’’ à l’encontre des citoyens européens. Il faut faire comprendre à nos concitoyens que des enjeux plus hauts, plus stratégiques, plus économiques se définissent aussi à travers une politique spatiale européenne plus ambitieuse : cette prise de conscience et ces explications politiciennes doivent être faites au plus vite. Le monde de demain sera fait de multiples défis tous plus technologiques et scientifiques les uns les autres. L’Europe est en passe d’être reléguer comme puissance d’arrière garde, notre niveau de vie nous assurant un semblant de pouvoir virtuel. Un bon stratège choisit son champ de bataille, et son plan d’attaque. Les temps sont désormais plus durs. L’Europe doit choisir : investir là ou personne n’ose véritablement aller et en tirer toutes les richesses en exploitant ses ressources. Une politique spatiale habitée plus ambitieuse nous assurera cet avenir tout en drainant nombres de richesses scientifiques, technologiques et stratégiques pour assurer à nos concitoyens le confort voulu. Nous comprenons bien que les budgets ne sont pas illimités mais ‘l’Homme Politique’ doit désormais faire des choix – la responsabilité des dirigeants de nos pays doivent les pousser à assumer notre avenir. La force de la volonté politique tient à ces choix judicieux pour tous. Là encore c’est un problème hautement politique. Que voulons nous faire de l’Europe ? Que voulons nous pour nos concitoyens ? La NSS France a tranché sur ce point : nous souhaitons plus d’ambitions pour l’ESA, plus de rêves pour nos concitoyens, plus de politique pour l’Europe et surtout, plus d’activités pour notre continent ! Nous aussi nous ne voulons pas passer la main … ! Cette nouvelle dimension des politiques européennes doit être réévaluée et prise en compte par la nouvelle génération d’hommes politiques à venir. L’espace utile ne le sera que s’il englobe complètement le secteur d’activité en question ! Il ne sera pas utile si on le déclare comme tel, il le sera car il aura été travaillé développé, poussé, promu, voir même politisé ! La dimension citoyenne de l’espace inclura le rêve des vols habités, mais aussi l’ambition technologique, la santé économique, le défi stratégique militaire, ou les services rendus par les applications spatiales. Seules les applications ne peuvent rien…démunies, elles sont trop terre à terre et ne sont pas porteurs d’un quelconque rêve européen. Un satellite Galileo ne fera jamais rêver … La communication politique impose une nouvelle dimension aux différentes politiques sectorielles européennes : les vols habités sont une des solutions majeures pour résoudre la problématique d’innovation européenne qui consiste à se renouveler, à aller plus loin et à donner une nouvelle dimension à l’Europe que nous avons rêvée depuis 50 ans.

Nicolas Turcat
Président de la NSS France.


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NSSFRANCE @ 12:10

07 août 2005

STS 114 ... Bientot de retour sur Terre !

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NSSFRANCE @ 20:41

03 juin 2005

La National Space Society France AWARDISEE !!!

Notre association NSS France a reçu un Prix de la part de la NSS pour son action envers le public français! Arthur Smith (Vice-président des chapters NSS) nous a remit le prix lors du dîner du vendredi 20 Mai au Sheraton National de Pentagon City près de Washington DC. Le prix en question est celui du mérite spécial pour l’éducation en 2005 intitulé : Special Merit Award for Education 2005. Arthur Smith et le Board des directeurs nous remercient donc pour notre action d’écriture (la somme de nos écrits et points de vue) et de mise en perspective des dernières actualités internationales en matière de développement spatial particulièrement à propos de l’Europe.

Félicitations à tous !

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Voici à quoi ressemble un Award NSS !

Et nous voici en train de recevoir cet Award à Washington DC :

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NSSFRANCE @ 01:13

25 mai 2005

JE VOTE ‘’OUI’’ POUR LE MONDE DE DEMAIN.

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Ce n’est pas ici en tant que Président de la NSS France, que je m’exprimerai mais plutôt comme un simple étudiant de 25 ans, optimiste, déterminé, innovant et libéré de toute idéologie. Concernant le débat européen en jeu depuis plusieurs semaines, j’ai souhaité apporter ma contribution afin de mieux faire comprendre les enjeux politiques en amont du simple secteur spatial habité. Si un grand programme spatial habité européen est essentiel dans la compréhension d’une Europe visionnaire, il ne faut pas restreindre le grand débat politique de notre continent à notre simple ambition. Je voterai oui le 29 mai à la question posée par mon gouvernement et voici les raisons qui me poussent à faire ce geste politique.

D’un point de vue historique, l’Europe qui nous est proposée aujourd’hui est une véritable exception. Pour avoir étudier l’histoire européenne et plus particulièrement l’histoire des idées politiques européennes, la ligne de l’Histoire continue de se dessiner dans le sens croissant et étagée de la construction européenne. Oui, le traité constitutionnel va dans le sens de la construction européenne depuis un peu moins de 50 ans, il permettra même de faire passer un cap symboliquement politique à l’Europe au cours de la prochaine décade. La paix que nous vivons, parfois indolemment, depuis 1945 nous a permis de bâtir un mode de vie exemplaire et fondée sur un humanisme égalitaire jamais égalé jusqu’à présent. Les blocs mondiaux émergents depuis les années 1990 se font de plus en plus puissants et de plus en plus concurrents entre eux. Il nous faut là aussi répondre en priorité par des actions politiques et stratégiques fortes comme ce projet de constitution peut le faire qui par son extrême complexité nécessaire, sa typicité politique et historique (jamais des peuples ne s’étaient unis de cette façon depuis des siècle et de façon aussi démocratique), et son unicité européenne sont exemplaires.

L’économie mondialisée depuis les années 1860 avec les premiers traités commerciaux nécessaires lors de l’interphase de croissance entre les deux révolutions industrielles, est tout aussi présente, et c’est tant mieux. L’Europe ne peut plus espérer compter sur son économie traditionnelle pour assurer sa pérennité économique. Il faudra innover, investir dans de nouvelles voies, financer, prêter, rentabiliser des techniques que nul autre ne maîtrisera et qui nous libéreront du cercle vicieux de la stagnation économique ou de la  décroissance lente dans lesquels nous risquons de nous enfoncer. Oui, l’économie libérale, ici réaffirmée, est maîtresse en Europe occidentale depuis plus d’un siècle et a permis de fonder une bonne part du succès des 30 glorieuses, c’est une fierté. Oui, il faudra modérer, interagir, et surtout réguler cette économie comme cela a déjà été fait et comme cela devra être fait afin de pérenniser un système qui a réussi pour le rendre encore plus performant. Oui, les sacrifices encourus seront terribles, les reconversions seront pléthores et parfois forcés mais le virage devra être anticipé politiquement et seuls des instruments adéquats nous rendrons cette tache plus aisée. Or le traité constitutionnel nous rend cette tâche plus facile que ce soit avec l’affermissement des coopérations renforcées et la possibilité pour certains pays d’aller de l’avant plus vite que d’autres, que ce soit avec la définition vague, et par conséquent versatile, d’une politique spatiale européenne, ou des efforts conséquents qui doivent être faits pour la R&D ou la recherche fondamentale. Ceci ne sont que quelques exemples d’arguments qui me poussent à voter oui, mais aussi une prise de conscience plus globale doit être aussi effectuée d’un point de vue sociétal.

L’identité européenne, réaffirmée dans la partie 1 ou dans la charte des droits fondamentaux, passe forcement par des étapes et une construction lente, imparfaite mais dans un sens croissant.  La prise de conscience réelle et concrète d’une identité politique européenne me pousse aussi à dire oui à ce traité constitutionnel pour notre futur. Enfin nous pourrions insister sur la prise de conscience d’une communauté de destins à élaborer. Renoncer à cette constitution, nous fait aussi abandonner cette croyance optimiste et foncièrement humaniste qui est de croire que nous bâtissons pour nous assurer un avenir meilleur. Finalement, voter non, c’est être assez conservateur ou réactionnaire pour s’imaginer entretenir des avantages acquis ou un monde qui n’existe déjà plus : le maintien de compétences déjà dépassées qui s’effiloche tous les jours aux contacts du monde réel. Le vote du oui est fondé sur un socle référent commun qui va de la déclaration des droits fondamentaux aux politiques sectorielles désormais acquises comme outil politique futur. Les tenants progressistes du oui croient fortement en la vertu politique au sens noble du terme. Changer les choses, comme jamais, est possible. Je vote oui, parce que je pense que je pourrai un jour apporter un sens neuf à la construction européenne grâce à l’instrument politique disponible. Ne pas croire en l’art politique consisterai à voter non : une logique si proche du ‘’tous pourris’’  de Boulanger ! Voter non, c’est ainsi assurer la défense d’une société qui implosera bien vite en faisant fi de toute logique politicienne ou pis d’appréhensions politiques pour le futur. Je pense aussi que voter non, c’est avant tout regarder constamment en arrière en se souvenant, avec un tragique délice, d’un monde disparu se reflétant dans les mirages politiciens des ‘’nonistes’’. Politiquement, voter non, c’est aussi désespérer en la capacité à interagir avec ses concitoyens pour ne réussir qu’à s’enfermer dans des valeurs dorénavant vieillottes, démagogiques et fondamentalement chimériques. Il suffit pour cela de voir les différentes composantes politiques du camp du non pour finalement comprendre que les projets politiques proposés (au delà des critiques faites au traité constitutionnel) sont finalement soit rétrogrades, conservateurs, ou irréalistes, voir dangereux.

Il est évident que ce traité constitutionnel est loin d’être parfait et qu’il mérite encore de très nombreuses modifications et améliorations (notamment concernant les régulations économiques et financières) ; le rejeter constituerait à se priver d’une marche supplémentaire vers un étage supérieur en faisant croire qu’un ascenseur existe ! Le projet de Constitution n’est qu’une impulsion positive parmi un flot d’étapes qui nous mènera vers une meilleure Europe. Les tenants progressistes du oui devront, au lendemain du 29 mai, lutter pour que des améliorations soient faites dès l’entrée en vigueur du traité en 2009 – Je m’y engage très fermement.

Politiquement, le point fondamental à comprendre, avec le texte proposé, est son interprétation politique. Alors que toutes les Constitutions sont modérées par leurs applications réelles, les débats actuels interprètent déjà le sens du traité constitutionnel européen : et c’est une bonne chose. Il faudra interpréter politiquement les différents sens du traité ici à voter. Les écologistes y verront une interprétation propre, les pétroliers une autre, les banquiers de la finance internationale ou les tenants du progrès social une autre. Le défi proposé ici sera avant tout politique. C’est aussi un pari politique sur le futur de notre continent auquel il faut se plier et miser gros pour espérer ‘’engranger de gros gains’’. Il faudra imposer politiquement son idée ou la voir obérer à jamais par les affres du pouvoir. A 25 ans je ne peux que croire, en tout optimisme, en la primauté de nos idées et en sa compréhension par le monde intelligible. Le socle intermédiaire proposé par ce projet de Constitution Européenne devra être interprété, déformé, et traduit en la manière la plus politique possible. Loin d’être un simple constat (‘’est-ce que cette constitution me convient ?’’), la question posée ce 29 mai est surtout une interaction virulente avec le monde politique.

Alors qu’à l’article 254 du titre 3, il est réaffirmé au paragraphe 1 qu’ ’’Afin de favoriser le progrès scientifique et technique, la compétitivité industrielle et la mise en œuvre de ses politiques, L’Union élabore une politique spatiale européenne. A cette fin, elle peut promouvoir des initiatives communes, soutenir la recherche et le développement technologique et coordonner les efforts nécessaires pour l’exploration et l’utilisation de l’espace’’, l’interprétation politique de ce paragraphe est très vaste ! Il nous permet autant de ne faire qu’une politique scientifique réduite à des missions robotiques ou bien nous lancer dans de la R&D sérieuse au profit de l’industrie européenne dans un but d’exploration et d’utilisation de l’espace ! Le paragraphe 2 de ce même article 254 voit l’émergence d’un ‘’programme spatial européen’’ réaffirmée noir sur blanc – et c’est une première ! Rappelons que l’ESA n’est qu’une agence intergouvernementale, disposant de modalités européennes multilatérales mais sans primauté sur quoi que ce soit – un socle politique plus fort lui est désormais requis. Le paragraphe 3 de l’article 254 fait aussi de l’ESA l’agence exécutrice de ce programme spatial européenne. Et c’est tant mieux, puisque les compétences de demain sont à ce niveau. Ici donc encore, tout ou presque est faisable mais nous donne, à la différence désormais, un socle politique intermédiaire pour pousser le débat encore plus loin et faire progresser les politiques européennes dans le sens que l’on voudra. Il ne tiendra qu’à nous de rendre possible ces potentiels d’activités si fondamentaux pour l’Europe et que cette politique spatiale habitée autonome devienne un jour réalité. Finalement ce socle référent pour l’Europe politique  nous ramène à nous poser une question fondamentale pour l’avenir de notre continent : Quelles ambitions avons-nous de l’Europe du XXIeme siècle ? La force du traité repose sur la partialité et la totalité de sa réponse : tout ou presque ! Il ne tient qu’à nous de faire quelque chose de ce traité. Il ne tient qu’à moi de m’engager pour une ‘’Europe puissance’’, pour une idée qui dépasse nos ambitions les plus folles. Si on peut reprocher au traité de ne pas aller assez loin dans les réformes politiques de l’Union (ce que je pense), on ne peut pas lui reprocher d’être une étape fondamentale pour avancer sur une route commune où de nombreuses améliorations seront à examiner. C’est justement la force politique de ce traité : une nouvelle base de travail.

Les améliorations aux bénéfices des 25 pays seront à apporter à ce traité. Personne ne le nie. Mais la compréhension de cette Constitution comme fondement nécessaire à d’ultérieures étapes est aussi très importante. Me concernant, nous pourrions réfléchir à des améliorations de l’article 254, mais la version actuelle ne suffit-il elle pas aux 14 membres de l’ESA ? Il ne tient qu’à nous de changer les choses dans les prochaines années, pour proposer un vrai programme spatial ambitieux pour l’Europe. Bien sûr, l’économie sociale, ou la soumission abusive à la BCE devront évoluer politiquement dans le bon sens pour pouvoir fournir à l’Europe des 25 des capacités encore plus efficaces de s’insérer dans le grand défi de l’Economie mondiale. Il n’y a pas de main invisible qui nous poussera dans tel ou tel sens, il n’y aura que nos idées, notre volonté, notre courage politique et notre vision en l’avenir en progrès qui nous permettront d’élever l’Europe vers de nouveaux défis. Au delà d’un simple jeu de questions-réponses (est-ce que ceci fait avancer cela ?), on croit ou pas en l’art politique ! On croit ou pas en l’Europe de demain. L’Europe n’est pas à l’image de la France et ne le sera peut-être jamais. Projeter le débat franco-français sur un débat qui nous dépasse de 390 millions de personnes est une tendance nihiliste. Néanmoins s’insérer dans cette Europe à 25, puis faire comprendre qu’un projet d’inspiration française peut être viable, constitue un défi plus fort que de rejeter un texte pour se retrouver sur un strapontin pendant X nouvelles années. La France se plaint déjà de ne pas entendre assez sa voix ? Il ne tient qu’à nous de changer cette donne et grâce à ce traité nous pourrions démontrer par une impulsion neuve que la France peut toujours être le fer de lance de l’Europe moderne et progressiste. A nous de proposer des projets innovants et suffisamment ambitieux pour l’Europe et de les faire avancer concrètement aux bénéfices des 25. Parce que je crois en ce changement possible, et que le débat sociétal d’aujourd’hui n‘a jamais été aussi exacerbé, je voterai oui afin de faire entrer l’Europe dans une logique d’avancées systémiques et idéologiques. Au delà des raisons que j’ai pu avancer ici, je vote oui aussi pour des raisons mécaniques. Je crois que ce traité nous poussera à nous dépasser et qu’il nous force (plus que le vote négationniste) à croire en un changement, dans la droite ligne historique de la construction européenne.

Etape par étape, notre continent s’est pacifié puis construit économiquement pour devenir une référence politique pour l’avenir. L’Union de notre continent est une réussite et parachève des siècles de relations internationales parfois houleuses, c’est un exemple à suivre pour le monde entier, c’est aussi un symbole pour toutes les autres puissances. Je suis européen, plus qu’avant et moins que demain et fière de l’être. L’Europe spatiale a besoin, nous l’avons suffisamment répété, de soutien politique fort et novateur : cela pourra désormais être fait. Même si la France d’en bas affronte, sans aucun doute, la France d’en haut ; les deux partis ont tant à s’apporter que nier une étape supplémentaire de la construction européenne au profit de … rien … est strictement apolitique et nihiliste. La connaissance, l’espoir politique, le progrès social opposent désormais les tenants du oui à ceux du non. C’est donc bien un choix de Société qui se profile au delà du 29 mai comme jamais. Laissons les tenants du Non se conforter entre Déroulède, Boulanger, les ligues, le grand soir, Marx ou des mouvements crypto révolutionnaires : tous ceux là n’appartiennent qu’au passé ! Le Monde des anciens contre celui de la génération des nouveaux : ‘’le monde de demain’’. Je suis un nouveau. Définitivement. Table rase du passé !

A nous de construire l’Europe que l’on désire et à laquelle nous adhérons. Assurément, tout repose sur nos épaules. Je ne me sens pas plus représenté par un parti politique que par un autre, j’assume ce fait et construis l’Europe à mon image : libre de tout corset politicard et rempli d’ambitions. Je suis aussi très conscient de l’urgence sociale réelle et profonde qui peut traverser notre pays, mais le rôle des décisionnaires n’est ni d’être démagogique ni de proposer des schémas politiques complètement mythiques. Ceux qui voudront se battre pour une Europe forte du progrès social, technique, économique et stratégique, rejoindront nos rangs pour croire en l’avenir et parier sur un véritable espoir. Avancer, est mon maître mot. L’art Politique reprend ses droits dans ce projet de Constitution qui emplit notre siècle de défis encore plus haut.

J’aime l’Europe comme jamais, je vote oui.

Comme disaient les autres : ‘’Tout n’est pas si facile’’ … ‘’Le Monde de demain quoi qu’il advienne nous appartient, la puissance est dans nos mains…’’

Oui, le 29 mai.

Nicolas Turcat

Accessoirement, Président de la National Space Society France et étudiant à La Sorbonne et bientôt à Sciences Po Paris. (Je m’exprime en mon nom propre et en aucun cas en celui de l’association).

Pour une opinion sur le non : Cf : nssfrance.com


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NSSFRANCE @ 00:34

29 avril 2005

STS 114 retardé pour Juillet 2005 !

La nouvelle est tombée ce matin ... STS 114 ne décollera pas avant Juillet 2005 !  (lien yahoo.fr : ici)

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Seule point positif : mon Support Wristband ''Return to Flight - STS 114'' sera d'autant plus longtemps d'actualité !!! Alors que je vous ai annoncé cet accessoire comme le ''truc'' à avoir pour ce printemps et même cet été : Vous aurez vraiment l'occasion de vous montrer avec et de revendiquer votre volonté de voir voler la navette en Juillet. NB: Juillet = Vacances en France, donc = Plage = Un Wristband plus visible !!!

PS : J'ai déjà reçu le mien depuis mardi 26 avril ! Et je vous garantis que ça fait parler les collègues ainsi que les filles ! mdr ! à vous de choisir !!!

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Le lien pour l'acheter (12$ - frais de port inclus) : ici


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NSSFRANCE @ 18:46

Bénéfices de l'espace !

Afin de mieux comprendre les interêts d'une politique spatiale plus ambitieuse pour l'Europe, nous pensons qu'il serait utile pour tous de faire un tour sur le site de l'ESA consacré aux ''bénéfices de l'espace'' : ici

De plus, signalons une conférence de l'IAA (International Academy of Astronautics) qui se tiendra à Graz (Autriche) du 22 au 26 mai 2005. Intitulée ''Benefits of Human Presence in Space - Historical, scientific, medical, cultural, and political aspects'', la conférence risque d'être des plus intéressantes, reunissant des spécialistes et mettant en perspective les politiques spatiale habitées avec les nouveaux contextes de 2005 (exploration, retombées scientifiques, ou encore Mars). Le lien est ici et le détail des sessions ici


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NSSFRANCE @ 18:30

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Weblog de Nicolas Turcat - Président de la NSS France - Pour une politique spatiale habitée ambitieuse en Europe !
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